Terrains vagues

Bure : le silence est d’or Faire accepter la poubelle du nucléaire à coup d’argent public

Dans la Meuse, où l’État compte cacher les déchets radioactifs les plus dangereux de France, des sommes colossales d’argent public abreuvent une campagne dépeuplée. Les euros coulent à flots, non pas pour les écoles, qui ferment, ni pour les hôpitaux, qui périclitent. Mais des millions de subventions pour les clubs sportifs, les associations de chasseurs ou les salles des fêtes… Ainsi espère-t-on enterrer l’opposition des riverain·es à Cigéo, projet vaseux d’enfouissement de la question du nucléaire. Or l’achat des consciences n’est pas la seule arme pour réprimer celles et ceux qui résistent : depuis septembre 2016, une pluie de procès s’abat sur les opposant·es à Cigéo. Mardi 12 juin 2018, ce sont encore cinq personnes qui passent au tribunal, et le 26 juin, ce sera le délibéré pour treize personnes arrêtées en mars et jugées le 23 mai dernier (plus d’infos ici). Alors que, le 16 juin prochain, se prépare une journée d’action à Bar-Le-Duc (Meuse), Jef Klak décortique les plus que douteuses méthodes employées par l’État et le secteur du nucléaire pour imposer la fuite en avant énergétique. Lire la suite

Assis dans un McDonald’s : microportrait des USA Entretien avec le journaliste itinérant Chris Arnade

Ancien de Wall Street devenu reporter atypique, Chris Arnade a une méthode propre à donner une leçon aux journalistes en herbe. Il arpente le territoire des États-Unis et se pose, au milieu des autres, sur les bancs des restaurants McDonald’s ou au coin d’une rue de banlieue, ouvert à la rencontre. Là, ce qu’il voit n’est ni révolutionnaire ni spectaculaire : des tranches de vie ordinaires, des groupes de parole et de communautés de quartier, des existences précarisées et banales. Les photos et témoignages qu’Arnade recueille dans les fast-foods – d’habitude méprisés – parlent de l’Amérique, de la pauvreté endémique de ses marginalisé·es et du soutien mutuel de ses habitant·es. Sam Jaffe Goldstein, libraire de Los Angeles, l’a interviewé – loin des sentiers battus de la gauche universitaire.Lire la suite

Ça ne cessera pas de brûler Communiqué de la lutte des Appalaches pour la ZAD

Ce qui suit est une déclaration de solidarité écrite depuis le camp des Trois-Sœurs contre le projet de pipeline dans les Appalaches, à l’adresse de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Depuis deux jours, la ZAD subit de violentes attaques de la police organisées par l’État français dans le but de nettoyer un territoire qui échappe à son pouvoir. En réponse, des milliers de personnes ripostent sur place pour défendre leurs maisons et leurs fermes. Lire la suite

Les expulsions ont commencé, la zad appelle à se mobiliser Communiqué

Conjurée des années durant par le mouvement, une nouvelle tentatives d’expulsions sur la ZAD de Notre dame des landes a commencé. Dès 3h du matin, l’opération s’est déployée dans toute sa brutalité : interminables files de fourgons bleu marine, chars blindés, lacrymos, premiers blessés et premières arrestations. Les gendarmes ont annoncé que les journalistes étaient strictement interdits «sur tout le dispositif» et leur ont bloqué l’accès au site. Ils ont affirmé que la prise d’images de presse était prohibée et que les médias devraient se contenter de celle fournies par la gendarmerie. Lire la suite

Sur la route de Marisa Anderson Marcher, improviser, lutter

Marisa Anderson a grandi en Californie du Nord dans les années 1970. Chez elle, la musique est omniprésente. À l’église, le dimanche, Marisa est transportée par des chants religieux, ces « hymnes protestants passionnés » qui, aujourd’hui encore, résonnent dans sa tête. En voiture, elle écoute de la musique classique avec sa mère qui l’entraîne à « reconnaître les différents instruments et les lignes mélodiques » ; avec son père, elle écoute de la country et de la new folk – Peter Paul & Mary, Paul Watson… À l’âge de 14 ans, son frère l’invite à un concert qui changera sa vie : les Grateful Dead. Elle tombe instantanément amoureuse de ce groupe dont la démarche influencera toute sa création : une musique improvisée, inspirée par un répertoire d’histoires et de contes traditionnels. « Je me suis toujours intéressée, sans savoir d’où ça venait, à la véritable musique folk et à la façon dont les chansons, les récits et l’histoire se rencontrent  », explique-t-elle. Mais c’est à l’université, où elle apprend la guitare classique, que tout va véritablement basculer. Lire la suite

Le vivant ne sera pas pucé Appel des opposant⋅es au puçage électronique des brebis et des chèvres

Pour identifier leurs bêtes à l’usage des services vétérinaires et administratifs, les éleveurs et éleveuses de brebis devaient apposer sur chacune de leurs bêtes une, puis deux boucles à l’oreille. Depuis 2015, c’est à présent une puce RFID émettant des informations par lecture sans contact qui est devenue obligatoire. Sous couvert de traçabilité, cette technologie de contrôle sert avant tout à industrialiser plus encore les mouvements des animaux, qui sont décrits dans les textes officiels comme du « minerai-viande ». Lire la suite

« Faire du cinéma comme on occupe des zones à défendre » ZAD, rituel, micropolitique et cinéma : entretien avec les Scotcheuses

Aujourd’hui, les exemples de créations collectives dans le champ du cinéma se font rares. C’est pourtant le choix fait par les Scotcheuses, un groupe mouvant, fabriquant des films en Super 8, formé en 2013, et qui a déjà finalisé quatre films. Les trois premiers ont été fabriqués dans des temps très courts, tournés, développés et montés sur le lieu même du tournage et montrés sous une forme performative avec un accompagnement sonore en direct. No Ouestern, leur dernière production, a été réalisé en un an sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, avec un temps d’écriture préalable, pour aboutir à une forme fixée, accompagné d’un son synchronisé à la projection. Lire la suite

« Pour que la ZAD demeure un grenier de luttes » Entretien fleuve avec des occupant·es de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

« Zone en état de siège permanent », « caches d’armes à feu » voire « risque de morts ». Depuis la remise au gouvernement du rapport sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes le 13 décembre dernier, la même rengaine d’une ZAD aux mains de «  professionnels de la contestation  » qui piétine l’ordre républicain revient sur le devant de la scène médiatique. À l’heure qu’il est, tout reste encore possible : abandon du projet par le gouvernement, expulsion des occupant·es, ultime report d’une décision presque impossible. Entretien long format avec des occupant·es de la ZAD sur les derniers mois du mouvement et les perspectives de lutte, aussi réjouissantes que périlleuses. Lire la suite

« Je ne peux rien faire d’autre que lutter pour mon quartier » Luttes d’habitantes dans le quartier de la Mouraria, Lisbonne

En quelques années, Lisbonne est devenue l’une des destinations les plus prisées d’Europe. Encouragé par le gouvernement portugais et le FMI pour transformer l’économie, le tourisme de masse y bat chaque année de nouveaux records. Au point que les habitant·es des quartiers du centre-ville sont chassé·es pour faire place aux touristes, ce qu’on appelle ici la « touristification ». L’offre de logements Airbnb sur Lisbonne a ainsi été multiplié par quinze ces cinq dernières années, tandis que le prix des locations augmente de 8 % par an. Mais face à la spéculation immobilière menaçant les quartiers populaires, nombre de locataires résistent. Récit en vidéo du combat victorieux mené par les habitantes de la Mouraria. Voir le documentaire

« En tant qu’artiste, allions-nous prendre part à la gentrification en cours ? » Entretien avec Seth Tobocman, auteur de bandes dessinées sociales

1988. Des émeutes éclatent dans le quartier populaire du Lower East Side à New York pour protester contre la hausse des loyers. Cette résistance à la spéculation immobilière et à la guerre aux pauvres de l’État marque le point de départ d’une occupation d’un parc pendant trois ans, à deux pas de Wall Street. Sans-abri, squatteurs et squatteuses occupent des immeubles vacants dans tout le quartier. Dans sa bande dessinée Quartier en guerre (CMDE, 2017), Seth Tobocman raconte de l’intérieur ce que veut dire lutter, avec toutes les contradictions qu’on tait souvent dans les milieux concernés. Lire la suite

Sur les ruines du futur Contre-récit de la révolution des textiles innovants à Roubaix

À Roubaix, la zone de l’Union est l’ancien « cœur battant » de l’industrie textile française du XXe siècle. Grèves dans les usines, syndicalisme ouvrier, main-d’œuvre immigrée mais aussi restructurations et délocalisations ont animé ce quartier industriel et populaire jusqu’à ce qu’il devienne au début des années 2000 une des plus grandes friches industrielles du pays. Depuis maintenant près de dix ans, les élus et acteurs économiques locaux ont lancé un vaste chantier de réhabilitation de l’Union pour que la zone devienne à terme un pôle de compétitivité et d’innovation industrielle au service de la métropole lilloise. Lire la suite

La guerre des oliviers Italie du Sud : arbres millénaires et labos tueurs

Novembre 2015. Deux cents personnes entrent dans la gare de San Pietro Vernotico, région des Pouilles, en Italie. En bloquant les voies ferrées, elles s’opposent au plan Silletti, qui prévoit l’abattage massif des oliviers du Sud, supposément infectés par la bactérie « Xylella », ainsi que la pulvérisation massive de pesticides mortels. 46 personnes passent en procès ce 6 novembre 2017 pour « manifestation non déclarée et interruption d’un service public ». Lire la suite

La chapelle Saint-Lazare Longue histoire d’un lieu, brève histoire d’une lutte

Le texte qui suit est le récit d’une bataille – encore en cours – contre trois formes de privatisation qui ont menacé la chapelle Saint-Lazare dans le Xe arrondissement de Paris. Par un riche propriétaire pour en faire un espace de coworking. Par un collectif artistique, pour garder le lieu fermé et en faire un espace exclusivement dédié à ses productions. Par un public, homogène, qui viendrait à en exclure d’autres. Prendre l’embourgeoisement par le petit bout de la lutte et produire notre petite histoire, c’est le défi que nous nous sommes fixé. Lire la suite

Le port d’Anvers et le village fantôme Containérisation du monde et déplacements de vies

Les marchandises s’en viennent, la vie s’en va. À l’extrême nord de la Belgique, sur les rives de l’Escaut, Anvers est aujourd’hui le deuxième port d’Europe, derrière Rotterdam, et la première place boursière mondiale. Comme au Havre en France, la zone portuaire veut s’étendre encore et toujours, et augmenter ainsi le flux de containers arrivés du monde entier. Mais ces monstres-boîtes, qui acheminent nos biens de consommation, mangent peu à peu les gens alentour. Entre les grues du port et une centrale nucléaire, le petit bled de Doel prend des airs de ville fantôme. Malgré une lutte digne et énergique des habitant.es, la population est passée d’un millier dans les années 1990 à une dizaine aujourd’hui. Lire la suite

Marseille Social Club Expulsion des pauvres pour la saison touristique

Marseille. Son Olympique, son pastis, ses grandes gueules, sa Bonne Mère et… ses expulsions. Loin des clichés sur la douce vie marseillaise que la mairie tente de vendre aux touristes en goguette, un nombre croissant de personnes sont condamnés à la rue alors que les logements vides ne manquent pas. Un état d’urgence sociale auquel tentent de répondre quelques associations, regroupées dans le collectif Délinquants Solidaires. Lire la suite

Nuclear History X Après l'effondrement : Petite histoire du site nucléaire de Hanford (USA)

Début mai 2017, un tunnel rempli de déchets radioactifs s’est effondré sur le site de Hanford, dans l’État de Washington, à 275 km de Seattle. Depuis 1943, les réacteurs nucléaires et les usines de retraitement de ce complexe ont généré soixante tonnes de plutonium, équipant les deux tiers de l’arsenal nucléaire américain. Cette production, extrêmement polluante, a créé d’immenses quantités de déchets chimiques et radiologiques qui empoisonnent encore aujourd’hui les rives du majestueux fleuve Columbia, si bien que ce gigantesque combinat, seize fois plus grand que Paris, où s’agitent aujourd’hui 9 000 décontaminateurs, est considéré comme le plus grand dépotoir nucléaire du continent américain. Lire la suite

«  3 x 3,65 mètres » Entretien avec James Benning à propos d’Unabomber

Pendant près de quinze ans, le mathématicien Theodore Kaczynski fut considéré aux États-Unis comme l’ennemi public numéro un pour l’envoi de colis piégés artisanaux (de 1978 à 1996) à diverses personnes construisant ou défendant la société technologique. Trois morts et 23 blessés avec 16 bombes envoyées. Il a pendant ce temps écrit un Manifeste, faisant aujourd’hui référence dans la critique de la technologie.
James Benning est cinéaste, il travaille sur celui que le FBI a surnommé « Unabomber  », sans pouvoir discuter avec lui : depuis 1998, Kaczynski est incarcéré à l’ADX Florence, dans le Colorado, une prison de très haute sécurité.
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« Il faut avoir créé un désert agricole
pour bâtir un cimetière du nucléaire »
Discussion croisée avec des opposant.e.s au nucléaire et au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure

Depuis plus de dix ans, la Maison de la Résistance de Bure est le lieu emblématique de l’opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires et au monde qui l’accompagne. Elle sert autant de dortoir aux personnes de passage que de salle de réunion ou de lieu d’information. Un endroit vaste et chaleureux, couvert d’affiches et d’autocollants divers, rempli de pancartes, de caisses de jus de quetsche et de militant.e.s de tous horizons. Ces derniers temps, outre les voitures de flics en patrouille à ses abords, il y a eu beaucoup d’agitation et de visiteurs, plus qu’à l’accoutumée. Lire la suite…

Les Libres Républiques

Après la parution de Constellations en 2014 et de Défendre la ZAD en janvier 2016, le collectif Mauvaise Troupe publie Contrées, histoires croisées de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et de la lutte No TAV dans le Val de Suse, aux éditions de L’Éclat. Le livre retrace les moments d’intensité et les événements plus quotidiens de ces deux mouvements contre l’aéroport et la ligne de TGV Lyon-Turin, à travers la voix de leurs protagonistes. On y découvre la nécessaire transmission de ces expériences politiques majeures dans leurs pays respectifs. L’extrait reproduit ici revient sur deux épisodes de l’histoire No TAV, où l’opposition au Train à grande vitesse fait écho aux pratiques menées sur la ZAD du nord de Nantes : les Libres Républiques de Venaus en 2005 et surtout de la Maddalena en 2011. Des luttes de territoire puissantes, où actions directes et occupations pacifiques ont su se mêler pour durer, et qui peuvent inspirer les occupations de place et le mouvement social en cours… Lire la suite…

Nomos et cosmos :
coloniser le ciel
Inégalités climatiques et sociales Nord/Sud

Traduction par Ferdinand Cazalis

Pollués, surexploités ou encore spoliés, les sols sont au cœur des discussions sur l’écologie. Mais serait-il aussi légitime de parler des questions climatiques en termes de colonisation du ciel et de l’atmosphère ? À partir d’études scientifiques et de déclarations issues des représentants des pays du Sud lors des précédentes conférences sur le climat, l’architecte anglais Adrian Lahoud nous présente l’atmosphère à la fois comme vecteur et témoin des changements anthropogéniques majeurs des siècles derniers. Il cherche ainsi à redéfinir les responsabilités des pays industrialisés du Nord et à mettre en évidence les effets sociaux des bouleversements environnementaux passés ou à venir. Un voyage à bord des poussières du monde, des carottes glaciaires et des courants océaniques – jusqu’aux révoltes populaires.

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Les Simérables Jeux de simulation et ville technolibérale

Traduit par Paulin Dardel

Le jeu vidéo SimCity n’est pas un bac à sable. Ses règles reflètent la conception néolibérale de la planification urbaine contemporaine. Le monde de ce simulateur d’urbanisme à succès est peuplé d’« agents » Sims, « des petits soldats désintéressés, travaillant partout où on a besoin d’eux », comme le dit leur concepteur. Une vision simplifiée, mais lucide, de la précarisation des travailleurs parcourt le jeu, et habitue les joueurs à leur propre aliénation. Au-delà, le jeu sert aussi de source d’inspiration aux avant-gardes technophiles de l’architecture et de l’urbanisme, qui rêvent de villes transnationales démontables et portables. Au final, la cité serait ramenée à un jeu de pixels dirigé par un système d’exploitation. La production de valeur dans ces smart cities serait fondée sur nos données et celles des objets connectés entre eux, dans une gigantesque informatisation et monétarisation de la ville. Lire la suite…

Le naufrage de Thésée Techno-utopies et mythologies du transhumanisme

Quand Google se met à investir dans l’immortalité et engage le champion du transhumanisme Ray Kurzweil à un poste clé de son organigramme, on peut se demander où la société californienne veut en venir. Quand l’Armée américaine investit des milliards dans l’augmentation biomécanique du corps humain et que des chantiers européens de grande envergure comme l’Humain Brain sont financés pour modéliser le cerveau humain et permettre une plus grande fusion entre biologique et informatique, on peut se demander où les États veulent en venir. Mais d’où ces idées viennent-elles ? Il faudrait aussi analyser les mythes fondateurs de cette course au cyborg dans laquelle se sont lancées les grandes puissances économiques et étatiques… Où l’on verrait ressurgir des idéologies et des mystiques qu’on pensait oubliées.

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, «Marabout», dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la dernière d’une série limitée (6/6) de textes issus de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie. Lire la suite…

« C’est par la périphérie
qu’on reprendra la ville »
Sutures sociales et coutures urbaines du Grand Paris. Entretien croisé entre Eric Hazan et Anne Clerval

Comment Paris s’est-elle transfigurée au cours des derniers siècles pour finir vidée de ses habitants les plus pauvres, emportant avec eux les amorces de mutuellisme et de solidarité populaire qu’ils avaient élaborés ? Comment s’est jouée en détail la gentrification depuis Belleville jusqu’aux couronnes qui entourent la capitale ? Que laissent présager les projets urbanistiques du Grand Paris en termes de nouveaux déplacements de populations, mais aussi de rapports de forces à réinventer ?
Entretien croisé avec Anne Clerval, géographe auteure de Paris sans le peuple aux éditions de La Découverte (2013) et Eric Hazan, auteur de L’invention de Paris (Seuil, 2002), Paris sous tension (La Fabrique, 2011) et plus récemment La dynamique de la révolte (La Fabrique, 2015). Eric Hazan est par ailleurs le fondateur des éditions La Fabrique qui viennent de publier un précieux travail sur l’histoire ouvrière de Paris d’Alain Rustenholz : De la banlieue rouge au Grand Paris (2015). Lire la suite…

Le prix du progrès Discussion avec Isabelle Stengers sur les sorcières néopaïennes et la science moderne

Scientifique de formation et aujourd’hui professeure de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, Isabelle Stengers désigne les paroles sorcières dont usent le système capitaliste et « la science » pour justifier leur emprise. Des siècles de culture ultra-rationaliste et d’industrie ont éradiqué et discrédité tout ce qui relevait du commun, nous laissant vulnérables et impuissants. Pour récupérer une puissance de penser, d’agir et de coopérer, Isabelle Stengers convoque les activistes du « reclaim » et autres sorcières néo-païennes, qui nous invitent à résister à l’envoûtement capitaliste, au-delà de l’alternative entre réformisme et révolution.

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, « Marabout », dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la deuxième d’une série limitée (2/6) de textes issue de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie. Lire la suite…

« On ne peut plus se passer de printemps, parce qu’on n’a plus d’espérance » Plantes, science moderne et pensée magique. Entretien avec l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi

Pierre Lieutaghi est un ethnobotaniste de renommée internationale, né en 1939, auteur de nombreux ouvrages de référence et créateur d’un jardin ethnobotanique à Mane, dans les Alpes-de-Haute-Provence. À l’occasion de la parution de son premier roman, Elio, et de la sortie du numéro « Marabout » de la revue Jef Klak, il interroge dans ce long entretien les relations complexes des sociétés avec les plantes et leurs représentations magiques, notamment dans leurs usages médicinaux. Lire la suite

Tuer pour la croissance Tribune pour une organisation entre les ZAD et contre les violences policières

Le groupe MARCUSE (Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie) est un collectif d’auteurs critiques apparu au début des années 2000. En 2004, ils publiaient De la misère en milieu publicitaire, toujours disponible aux éditions de La Découverte, et en 2012 La liberté dans le coma aux éditions de La Lenteur. À Sivens, ils ont pu suivre et prendre part à la contestation envers le conseil général et le projet de barrage inutile qui a causé la mort de Rémi Fraisse. Dans un contexte de manifestations contre les crimes policiers qui réunissent lycéen-ne-s, écologistes et habitant-e-s de cités, voici leur analyse, mise en affiche et en tract. Lire la suite…

Faire barrage Provocations policières et confusionnisme médiatique : le cas du Testet

Que dire après la mort de Rémi Fraisse ? Quiconque se battant aujourd’hui contre l’arbitraire et la violence d’État pourrait être une victime. Que l’on parle des crimes policiers dans les cités, où le permis de tuer est devenu chose banale pour une police débridée, ou des luttes sociales qui voient la terreur contre-insurrectionnelle museler la liberté d’expression en acte : les armes (« létales » ou non) sont là pour éborgner et tuer toute résistance et tout sursaut de dignité. Voici donc quelques éléments de reportage et d’analyse sur ces jours noirs d’octobre 2014. Lire la suite

« Ramener de la vie sur la ZAD du Testet » Entretien fleuve avec des opposant⋅e⋅s au barrage de Sivens

Non loin de Toulouse et d’Albi, dans le Tarn, tout est réuni pour un nouveau scandale écologique et politique. Une société d’économie mixte (CACG) juge et partie pour la construction d’un barrage destiné à l’agriculture industrielle, des violences policières inacceptables, des milices venues « casser du jeune », des enjeux au plus haut sommet de l’État où l’on voit le Parti radical de gauche (PRG) et son président Jean-Michel Baylet s’entendre avec le PS pour l’exploitation de quelques hectares de forêt… Là où coulait un tranquille ruisseau, une lutte voit le jour contre le saccage des terres et pour une organisation sociale sensible à la notion de « bien commun ». Avant le rassemblement national du 25 octobre dans le Tarn, Jef Klak a rencontré deux opposant⋅e⋅s au projet de barrage pour comprendre les raisons et les enjeux de cette nouvelle ZAD (Zone à défendre). Lire la suite…

On va où ça nous plaît
+ Engagement total
Transmission dans les luttes de territoire – De la centrale du Pellerin à Notre-Dame-des-Landes

Il n’a pas toujours gagné, mais Paul Blineau n’arrive pas à raccrocher. Un jour chez ses enfants pour la découpe des poulets, un autre au jardin autogéré, et le reste du temps à Notre-Dame-des-Landes – sa lutte du moment, ou plutôt celle qui a traversé toute sa vie. Plus de cinquante ans de combat, et une situation quasi à l’identique. Raison suffisante pour Paul de continuer à se battre. Sur la ZAD, il est médiateur, agitateur, semeur, orateur. Sa façon à lui de transmettre ses valeurs. Il vit pour toutes ces luttes et le fera jusqu’à la fin. Il va où ça lui plaît et personne ne l’en empêchera, certainement pas les politiques ou les multinationales. Rencontre avec Paul et ses proches pour parler de ce que veut dire lutter, mais aussi transmettre hors des champs de bataille – quand on rentre chez soi et qu’on retrouve les siens. Voir et écouter la suite

Réflexions sur la perméabilité des toits Tristes couvertures et divines ouvertures en architecture

Il existe en architecture une symbolique de l’habitat, et les relations que nous entretenons avec le ciel et la terre se reflètent sur nos murs. Décédé en 2011, Guy-René Doumayrou était un architecte proche des mouvements surréaliste et libertaire. Ce texte, publié en 1977 dans la revue Surréalisme, dirigée par Vincent Bounoure, retrace l’histoire sociale et spirituelle de la construction des toits et des puits à travers le monde. Où l’on apprend que résumer l’abri à une protection vis-à-vis de l’extérieur est aussi moderne que lacunaire… Lire la suite