Un DRH « sensible et courageux » Le travail au ras des pâquerettes – Épisode 2 Par Lise Gaignard

Dans cette nouvelle chronique, Lise Gaignard nous emmène dans un Ehpad à la rencontre d’un directeur des ressources humaines pavé de bonnes intentions, pour remettre au travail des aides soignantes « résistantes au changement ». Lire la suite...

Précédemment dans Jef Klak :

« Les femmes ont pour injonction
de ne pas prendre trop de place »
Entretien avec Mona Chollet

La question de l’émancipation des femmes est loin d’être résolue. Mona Chollet est de celles qui s’attachent à décrypter les mécanismes persistants d’infériorisation des femmes. Dans Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine (Zones, 2012 ; La Découverte, « Poches/Essais », 2015), elle montre à quel point l’inégalité des droits s’est muée en censure mentale, et comment les contraintes ont été intériorisées à coup d’injonctions à respecter le modèle de féminité dominant. Son dernier ouvrage, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (Zones, 2015 ; La Découverte, « Poches/Essais », 2016), tente quant à lui de déconstruire l’image toute faite du foyer et d’en explorer les potentialités émancipatrices, prenant ainsi à contre-pied la vision du foyer comme structure reproductrice d’inégalités, garant de l’ordre social et entérinant le modèle familial. Comprendre et lutter contre la domination masculine passe par la nuance. Lire l’entretien

Portrait du policier en donut Pour une phénoménologie de la police

Traduction par Judith Chouraqui

Que font les mains d’un policier sur notre corps ? Quand il nous frappe, nous immobilise ou se contente de nous mettre une main sur l’épaule ? Que fait son regard ? Comment nous déplaçons-nous dans la rue quand un uniforme est là pour nous voir, et être vu ? À partir de subtiles observations sur la présence ordinaire des policiers dans notre quotidien, Mark Grief reconsidère avec ironie les fonctions élémentaires de la police : la majorité des prétendus « gardiens de la paix » ne mène aucune enquête pour arrêter de dangereux criminels, mais se contente d’être là, au milieu de nous, pour réguler nos gestes et les petites déviances. Plus que la paix, c’est donc un certain ordre qui est recherché. Parfois ils menacent ou frappent, parfois ils mangent un beignet ou avalent un soda – souvent, ils ne font rien. La question « Que fait la police ? » peut-elle répondre à cette autre : « À quoi sert la police ? ». Lire la suite

Le miel et les merveilles L’ours est un écrivain comme les autres

Cette chronique Manifesklak est une coproduction Jef Klak / Manifesten (café-librairie anarcho-lettristo-avino situé au 59, rue Thiers, 13001 Marseille). L’idée de base : parler avec enthousiasme d’un ouvrage présent en rayon pour appâter le chaland. Aujourd’hui, L’Ours est un écrivain comme les autres, friandise littéraire signée William Kotzwinkle (publié aux éditions Cambourakis). Lire la suite…

Des bêtes à la barre Les animaux ont-ils droit à un avocat ?

Dernièrement, des députés français se sont demandé si les bêtes étaient en droit des « biens meubles » comme les autres, pour finalement leur accorder le statut enviable d’« êtres vivants doués de sensibilité ». Un juge de San Francisco a, quant à lui, considéré que la loi sur les droits d’auteur ne pouvait s’appliquer à un macaque qui s’était pris en photo avec un appareil volé. Jef Klak – dont le dernier numéro papier disponible en librairies, « Selle de ch’val » interroge notre relation aux animaux non humains – revient ici sur les exemples historiques de procès d’insectes nuisibles et autres animaux criminels, quand la justice des hommes considérait les bêtes sujets de droit.

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« Il n’y a que l’amour
qui nous fait venir dans les parloirs »
Entretien avec Stéphane Mercurio et Chantal Vasnier sur les familles de détenus

Pendant que Stéphane Mercurio tournait son documentaire À côté (2007) sur les familles de détenus, elle a rencontré Chantal Vasnier, qui a passé 34 ans de sa vie à aller voir en prison Georges Courtois[1. Voir « Autoportrait en cagoule. Georges Courtois, malfaiteur professionnel », propos recueillis par Clémence Durand et Ferdinand Cazalis, Jef Klak no 2, « Bout d’ficelle », mai 2015, disponible sur jefklak.org.], son ex-mari. Entretien croisé.

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« Il faut avoir créé un désert agricole
pour bâtir un cimetière du nucléaire »
Discussion croisée avec des opposant.e.s au nucléaire et au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure

Depuis plus de dix ans, la Maison de la Résistance de Bure est le lieu emblématique de l’opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires et au monde qui l’accompagne. Elle sert autant de dortoir aux personnes de passage que de salle de réunion ou de lieu d’information. Un endroit vaste et chaleureux, couvert d’affiches et d’autocollants divers, rempli de pancartes, de caisses de jus de quetsche et de militant.e.s de tous horizons. Ces derniers temps, outre les voitures de flics en patrouille à ses abords, il y a eu beaucoup d’agitation et de visiteurs, plus qu’à l’accoutumée. Lire la suite…

«  La tarantolata ne danse pas seule  » Possession et dépossession dans l’ex-royaume de Naples Entretien avec Alèssi Dell’Umbria

Chaque été pendant des siècles dans le sud de l’Italie, le rituel de la taranta faisait danser des communautés entières. Cinéaste, musicien, auteur d’une monumentale histoire de Marseille et d’un essai détonant sur les révoltes de banlieue, Alèssi Dell’Umbria a vécu en Italie, où il a beaucoup appris sur l’histoire de ce système magico-rituel.

En ce mois d’octobre 2016, il vient de publier Tarantella ! aux éditions de L’Œil d’or, une somme qui retrace l’histoire d’une danse et d’une transe, prises entre la dépossession qu’ont subie les paysans avec l’arrivée du progrès technologique et les tentatives de récupération marchande venues des nouvelles politiques culturelles… Lire la suite

Pour qui chante le coq ?

Alligator Wine, Far West, soleil au zénith.
Ce matin-là, les cow-boys Birdy et Goody ont manqué l’aurore. Levés de mauvaise botte dans la moiteur du midday, les voilà sans nouvelle du bien-nommé Ritchie, chanteur à grande crête, horloge f lamboyante, annonciateur du point du jour. Mais où est-il passé ? Deux balles de fusil si c’est cette saleté de renard ! Face à une shérif dépassée par les évènements, Birdy et Goody, entourés de tou.te.s les habitant.e.s, doivent bientôt se rendre à l’évidence : les animaux sont partis !
Que devient la dernière espèce dans le silence des grandes plaines de l’Ouest ?

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« On est fort.e.s
quand on arrive à composer ensemble »
Discussion croisée sur la lutte contre la loi Travail et la violence d’État à Rennes

Depuis le début du mouvement contre la loi Travail et son monde, les habitant.e.s de Rennes résistent et s’organisent avec une constante détermination. Face à une bourgeoisie ultra-réactionnaire et à l’interdiction de manifester dans le centre-ville décidée par la mairie du Parti socialiste, militant.e.s et non-militant.e.s, syndiqué.e.s et non-syndiqué.e.s ont appris à agir ensemble. Les assemblées interpros et l’occupation de la Maison du peuple dans l’hypercentre de la capitale bretonne ont permis des actions de blocage économique et des manifestations avec un degré de conflictualité particulièrement élevé. Sans gommer leurs contradictions, six participant.e.s au mouvement racontent ici comment ils/elles ont su composer ensemble et affronter les violences policières ou institutionnelles, autant que la désinformation des médias locaux. Lire la suite…

Les Libres Républiques

Après la parution de Constellations en 2014 et de Défendre la ZAD en janvier 2016, le collectif Mauvaise Troupe publie Contrées, histoires croisées de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et de la lutte No TAV dans le Val de Suse, aux éditions de L’Éclat. Le livre retrace les moments d’intensité et les événements plus quotidiens de ces deux mouvements contre l’aéroport et la ligne de TGV Lyon-Turin, à travers la voix de leurs protagonistes. On y découvre la nécessaire transmission de ces expériences politiques majeures dans leurs pays respectifs. L’extrait reproduit ici revient sur deux épisodes de l’histoire No TAV, où l’opposition au Train à grande vitesse fait écho aux pratiques menées sur la ZAD du nord de Nantes : les Libres Républiques de Venaus en 2005 et surtout de la Maddalena en 2011. Des luttes de territoire puissantes, où actions directes et occupations pacifiques ont su se mêler pour durer, et qui peuvent inspirer les occupations de place et le mouvement social en cours… Lire la suite…

Song to Woody :
Demande à la poussière

Goguenard, béret de travers, clope au bec, Woody Guthrie se frayait son propre chemin, loin des mondanités et des tentations de reconnaissance, convaincu que ses semblables, un jour, feraient ravaler leurs méfaits à tous les patrons de ce monde… Cette chronique musicale est publiée à la fois sur Article11 et sur Jef Klak. Comme un passage de flambeau, sachant que les prochains textes de ce type rédigés par votre serviteur seront publiés exclusivement chez l’ami Jef. Et chose surprenante pour le site de Jef Klak : les commentaires sont activés ! Lire la suite…

Madrid : les racines du 15-M Le mouvement d'occupation des places en Espagne : avant et après...

Les médias leur avaient collé l’étiquette « indignés », appellation non-contrôlée dans laquelle la plupart ne se retrouvaient pas. Celles et ceux qui occupaient la rue préféraient le plus sobre « 15-M », en référence à ce 15 mai 2011 où l’Espagne assoupie s’est réveillée. Un mouvement aux racines multiples, qui s’est construit dans la durée et continue à renouveler les imaginaires. De quoi aider à penser le mouvement du 32-Mars (ou « Nuit debout ») en train de s’organiser à Paris, cousin peut-être pas si éloigné de son aîné espagnol, dont l’exigence d’horizontalité, la défiance envers les partis et le refus de la représentation restent des outils indispensables pour une organisation capable de transformer la société. Lire la suite…

Le remonte-couilles toulousain Slips chauffants et contraception masculine

Pour beaucoup, le projet de loi du 28 juin 1974 a réglé définitivement le problème de la contraception. Encore aujourd’hui, la pilule pour femmes apparaît souvent comme une solution incontournable, sinon unique. Pourtant, la maîtrise de la fertilité recouvre des pratiques très variées : médicalisées ou autonomes, individuelles ou collectives, etc. Et si les femmes sont les premières concernées par la contraception, elles n’ont pas à en rester les seules actrices. Lire la suite…

Cet article est issu du numéro 2 de Jef Klak, « Bout d’ficelle », qui aborde des questions liées au textile, à la mode et aux identités (de genres, sexuelles, etc.), et encore disponible en librairie.

Super-slips vs bat-masques Vérité et Justice vs Terreur et Sécurité

Considéré comme le premier véritable super-héros, Superman apparaît en avril 1938, avec sa cape, ses bottes et son slip rouges, son « S » frappé sur un écu de poitrine jaune, et son justaucorps bleu, en couverture du mensuel Action Comics nº1 – édité par le futur DC comics. Face à un succès immédiat, le même éditeur publie un an après un autre personnage en cape et costume, mais sombre et masqué : The Bat-Man, qui fait la une du no 27 de Detective Comics. Si de nombreux autres super-héros apparaissent dans la foulée, Superman et Batman s’imposent comme les plus populaires et les plus emblématiques. Contrairement à la plupart de leurs congénères costumés, la publication mensuelle de leurs aventures ne connaîtra quasiment pas de pause. Ils ont créé et maintenu une véritable industrie, tout en alimentant régulièrement de nombreux autres médias de masse : feuilletons radiophoniques, cartoons, romans, serials, séries TV, jeux vidéos ou superproductions hollywoodiennes. Depuis plus de 75 ans, et alors que Batman V Superman : L’aube de la justice est sorti au cinéma ce mercredi 23 mars, c’est aussi deux visions de l’idéal américain de justice, des mesures antiterroristes ou des dispositifs de maintien de l’ordre qui se confrontent dans les sagas de ces super-héros. Lire la suite…

Les trois « R » du relais textile Recycler les vêtements, recycler les hommes, rénover le capitalisme

L’Économie sociale et solidaire (ESS) a été pensée pour développer des modèles de fonctionnement fondés sur la solidarité et l’utilité sociale. La promesse est alléchante, mais l’entreprise périlleuse, surtout quand on doit se frotter aux marchés et à une concurrence féroce. Exemple avec Le Relais, investi dans l’insertion des plus défavorisés via la collecte et la valorisation de déchets textiles – où l’on apprend que l’enfer du capitalisme est pavé de bonnes intentions.

Ce texte est issu du deuxième numéro de Jef Klak, « Bout d’ficelle », paru en mai 2015 et encore disponible en librairie.Lire la suite…

« Le voile islamique
est un fossile vivant
qui se porte comme un charme »
Histoire des régimes de visibilité dans les cultures musulmanes et chrétiennes. Entretien avec Bruno Nassim Aboudrar

Et si le voile islamique masquait davantage la vue de celui qui le regarde que de celle qui le porte ? Professeur d’esthétique à la Sorbonne-Nouvelle (université Paris 3), Bruno Nassim Aboudrar vient de publier Comment le voile est devenu musulman (Flammarion, 2014), ouvrage qui explore la manière dont le regard travaille le monde, en islam et dans la chrétienté. Disséquant la peinture et la photographie orientalistes, l’auteur montre comment un certain regard colonial, révulsé par le voile, continue de se poser sur ce bout de tissu devenu l’image de l’islam, paradoxalement religion sans image.

Ce texte est issu du numéro 2 de la revue papier Jef Klak, «Bout d’ficelle», paru en mai 2015 et encore disponible en librairie. Lire la suite…

La liste est dans l’armoire Leveurs de mal et institutions médicales dans le nord des Alpes

Dans le nord des Alpes, en Haute-Savoie et en Suisse romande, il n’est pas rare de faire appel aux talents d’un « leveur de mal » pour supprimer une douleur ou guérir une pathologie, jusque dans les services des urgences des hôpitaux. Efficace et discrète, cette pratique n’existe « que lorsqu’elle est mise en œuvre » ; modeste, mais tenace, elle questionne ce qu’elle ne cherche pas à expliquer. Lire le suite…

Hecho en Argentina Visite photographique d'un atelier souterrain du textile argentin

Depuis la crise argentine de 2001, le nombre d’ateliers de couture clandestins n’a cessé d’augmenter dans le centre de Buenos Aires et sa périphérie. Celui de Luis fonctionne entre autogestion et système D. Il travaille principalement pour les stylistes indépendants de la capitale qui font désormais partie intégrante de la culture vestimentaire argentine. Tout y est plus simple : les contrats de travail et les commandes sont tacites, les paiements en liquide. Revers de la médaille, cette économie souterraine qui s’est désormais généralisée en Argentine, profite surtout aux grandes chaînes du textile et à la contrefaçon, soupçonnées d’encourager le travail esclave. Lire la suite…

Le mâle vulnérable Culture cuir et culture bear : déconstruire la « nature masculine »

Traduction du catalan par Angelina Sevestre

Nées au sein de la communauté gay, les sous-cultures cuir et bear (ours) ont eu, à travers leurs discours et leurs pratiques, un effet paradoxal sur les représentations symboliques et politiques du masculin. La culture cuir met en scène des corps et des comportements outrancièrement masculins, par le biais du vêtement de cuir, jusqu’à rendre presque parodique la notion même de masculinité. La culture bear cherche à construire un corps pourvu de certains caractères de la masculinité traditionnelle : pilosité, musculature, corpulence, virilité. Pour Javier Sáez, auteur de Théorie queer et psychanalyse (éditions Epel, 2005) et directeur de la revue électronique queer hartza.com, ces stratégies viennent remettre en question toute « nature masculine » présumée à partir de sa réinvention, fondée sur l’excès ou encore la réappropriation du sexe anal et de la pornographie. Au passage, c’est la visée reproductive, comprise comme prolongement des exigences de production capitalistes, qui sont remises en cause par les corps-mêmes. Lire la suite…