Expulsion des pauvres pour la saison touristique

Par Émilien Bernard


Marseille. Son Olympique, son pastis, ses grandes gueules, sa Bonne Mère et… ses expulsions. Loin des clichés sur la douce vie marseillaise que la mairie tente de vendre aux touristes en goguette, un nombre croissant de personnes sont condamnés à la rue alors que les logements vides ne manquent pas. Un état d'urgence sociale auquel tentent de répondre quelques associations, regroupées dans le collectif Délinquants Solidaires. Lire la suite...

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Précédemment dans Jef Klak :

Les trois « R » du relais textile Recycler les vêtements, recycler les hommes, rénover le capitalisme

L’Économie sociale et solidaire (ESS) a été pensée pour développer des modèles de fonctionnement fondés sur la solidarité et l’utilité sociale. La promesse est alléchante, mais l’entreprise périlleuse, surtout quand on doit se frotter aux marchés et à une concurrence féroce. Exemple avec Le Relais, investi dans l’insertion des plus défavorisés via la collecte et la valorisation de déchets textiles – où l’on apprend que l’enfer du capitalisme est pavé de bonnes intentions.

Ce texte est issu du deuxième numéro de Jef Klak, « Bout d’ficelle », paru en mai 2015 et encore disponible en librairie.Lire la suite…

« Le voile islamique
est un fossile vivant
qui se porte comme un charme »
Histoire des régimes de visibilité dans les cultures musulmanes et chrétiennes. Entretien avec Bruno Nassim Aboudrar

Et si le voile islamique masquait davantage la vue de celui qui le regarde que de celle qui le porte ? Professeur d’esthétique à la Sorbonne-Nouvelle (université Paris 3), Bruno Nassim Aboudrar vient de publier Comment le voile est devenu musulman (Flammarion, 2014), ouvrage qui explore la manière dont le regard travaille le monde, en islam et dans la chrétienté. Disséquant la peinture et la photographie orientalistes, l’auteur montre comment un certain regard colonial, révulsé par le voile, continue de se poser sur ce bout de tissu devenu l’image de l’islam, paradoxalement religion sans image.

Ce texte est issu du numéro 2 de la revue papier Jef Klak, «Bout d’ficelle», paru en mai 2015 et encore disponible en librairie. Lire la suite…

La liste est dans l’armoire Leveurs de mal et institutions médicales dans le nord des Alpes

Dans le nord des Alpes, en Haute-Savoie et en Suisse romande, il n’est pas rare de faire appel aux talents d’un « leveur de mal » pour supprimer une douleur ou guérir une pathologie, jusque dans les services des urgences des hôpitaux. Efficace et discrète, cette pratique n’existe « que lorsqu’elle est mise en œuvre » ; modeste, mais tenace, elle questionne ce qu’elle ne cherche pas à expliquer. Lire le suite…

Hecho en Argentina Visite photographique d'un atelier souterrain du textile argentin

Depuis la crise argentine de 2001, le nombre d’ateliers de couture clandestins n’a cessé d’augmenter dans le centre de Buenos Aires et sa périphérie. Celui de Luis fonctionne entre autogestion et système D. Il travaille principalement pour les stylistes indépendants de la capitale qui font désormais partie intégrante de la culture vestimentaire argentine. Tout y est plus simple : les contrats de travail et les commandes sont tacites, les paiements en liquide. Revers de la médaille, cette économie souterraine qui s’est désormais généralisée en Argentine, profite surtout aux grandes chaînes du textile et à la contrefaçon, soupçonnées d’encourager le travail esclave. Lire la suite…

Le mâle vulnérable >Culture cuir et culture bear : déconstruire la « nature masculine »

Traduction du catalan par Angelina Sevestre

Nées au sein de la communauté gay, les sous-cultures cuir et bear (ours) ont eu, à travers leurs discours et leurs pratiques, un effet paradoxal sur les représentations symboliques et politiques du masculin. La culture cuir met en scène des corps et des comportements outrancièrement masculins, par le biais du vêtement de cuir, jusqu’à rendre presque parodique la notion même de masculinité. La culture bear cherche à construire un corps pourvu de certains caractères de la masculinité traditionnelle : pilosité, musculature, corpulence, virilité. Pour Javier Sáez, auteur de Théorie queer et psychanalyse (éditions Epel, 2005) et directeur de la revue électronique queer hartza.com, ces stratégies viennent remettre en question toute « nature masculine » présumée à partir de sa réinvention, fondée sur l’excès ou encore la réappropriation du sexe anal et de la pornographie. Au passage, c’est la visée reproductive, comprise comme prolongement des exigences de production capitalistes, qui sont remises en cause par les corps-mêmes. Lire la suite…

Quelques conseils pour
les voyages au long cours
Récit des migrations ordinaires

Traduction par Émilien Bernard

Ce texte du journaliste irakien Ghaith Abdul-Ahad, connu notamment pour ses reportages sur Al Qaeda, a été publié le 8 octobre 2015 dans la London Review of Books, sous le titre « Some tips for the long-distance traveler ». Il y raconte le trajet « ordinaire » des migrant-e-s, comme lui, venu-e-s d’Irak, de Syrie, d’Érythrée ou d’ailleurs, passant par la Turquie ou la Grèce, en route vers l’Europe du Nord. Autant de voyages que d’existences, avec leurs étapes singulières, leurs espoirs trahis et leurs rencontres anodines ou presque. Lire la suite…

Autoportrait en cagoule Georges Courtois, malfaiteur professionnel

Il y a 30 ans, le 19 décembre 1985, Georges Courtois, Karim Khalki et Patrick Thiolet prenaient la cour d’assises du Tribunal de Nantes en otage. Revolvers et grenades au poing, ils convoquent les caméras de FR3 pour renverser la vapeur : pendant 34 heures, au lieu d’être condamnés ce jour pour de petits braquages, ils font en direct à la télévision le procès de la société carcérale dans laquelle ils se trouvent piégés.

Préférant la prison pour un mot juste qu’une liberté à demi-mot, Georges Courtois a aujourd’hui 68 ans et habite à Nantes. Il est dehors depuis 2014, et a passé plus de la moitié de sa vie enfermé. Il raconte ici son parcours de malfaiteur professionnel et d’homme de lettres malicieux. Ses mémoires complètes, Aux marches du palais, sont sorties en librairie le 19 novembre 2015 aux éditions du Nouvel Attila. Lire la suite…

Nomos et cosmos :
coloniser le ciel
Inégalités climatiques et sociales Nord/Sud

Traduction par Ferdinand Cazalis

Pollués, surexploités ou encore spoliés, les sols sont au cœur des discussions sur l’écologie. Mais serait-il aussi légitime de parler des questions climatiques en termes de colonisation du ciel et de l’atmosphère ? À partir d’études scientifiques et de déclarations issues des représentants des pays du Sud lors des précédentes conférences sur le climat, l’architecte anglais Adrian Lahoud nous présente l’atmosphère à la fois comme vecteur et témoin des changements anthropogéniques majeurs des siècles derniers. Il cherche ainsi à redéfinir les responsabilités des pays industrialisés du Nord et à mettre en évidence les effets sociaux des bouleversements environnementaux passés ou à venir. Un voyage à bord des poussières du monde, des carottes glaciaires et des courants océaniques – jusqu’aux révoltes populaires.

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Trouble dans le tango 2/2 Tango Queer. Nouvelle danse, nouveau monde

Traduction par Ferdinand Cazalis

Sans rôles préétablis, sans que l’une des deux parties du couple doive toujours mener et l’autre suivre, sans que cette assignation des tâches dans la danse ne corresponde à une distribution par genre, où la femme joue à attendre d’être invitée puis suit la marche de l’homme. Et, surtout, sans que le couple soit obligatoirement composé d’un homme et d’une femme. Ainsi se danse un tango différent, qui commence à être connu comme « tango queer », réfléchissant sur le genre, les codes et les normes régissant cette danse.

Ce texte est le second d’une série dont le premier « S’en remettre aux pas de l’homme » est disponible ici.

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Trouble dans le tango 1/2 S'en remettre aux pas de l'homme

Traduction par Marc Saint-Upéry

Dans les cours de tango et les milongas du centre-ville de Buenos Aires, au moment de montrer aux femmes comment évoluer sur la piste, enseignants et danseurs leur expliquent qu’elles n’ont pas besoin de connaissances ou de compétences spécifiques : c’est l’homme qui se charge de tout. Quelle est donc la distribution des rôles et des savoirs dans la pratique du tango ? L’anthropologue María Julia Carozzi analyse les mécanismes de construction de l’ignorance des femmes dans les milieux tangueros.

Ce texte est le premier d’une série dont le second « Tango Queer. Nouvelle danse, nouveau monde » est disponible ici. Lire la suite…