Genre rage !

Le vêtement comme seconde peau Brève biographie textile de Frida Kahlo

Apparence et style vestimentaire riment-ils avec pure futilité ? L’œuvre et la vie de Frida Khalo affirment l’inverse. Tout au long de sa carrière, l’artiste mexicaine a joué de sa propre image comme d’un véritable langage. C’est notamment en exposant ses propres meurtrissures corporelles et ses choix vestimentaires au moyen d’autoportraits qu’elle a sublimé/mis en scène ses écueils biographiques, et développé un discours politique questionnant la féminité ou la culture indigène de son pays. Lire la suite

Les pieds dans les étriers La vulve bien ouverte

« Je lui racontai les étriers, je lui dis que je me servais de moi parce que je m’avais sous la main, mais que je voulais nous écrire, nous-femmes, nous-filles, “Et puis tu as de l’expérience en la matière”, ça, on rigole tous les deux, et je lui dis mes amies proches, je ne lui raconte rien de qui, je lui dis, je fais la liste et ça m’enrage, je lui dis, ce texte il est là pour nous, pour moi-nous, parce que je ne supporte plus de nous voir serrer les dents… »
Cet article est le premier d’une série de six publications issues du troisième numéro de Jef Klak, « Selle de ch’val », et publiées en ligne à l’occasion de la sortie du nouveau numéro, « Ch’val de course ». Lire la suite…

« Presque une image d’évasion collective… » Images des écoles de préservation de jeunes filles   Entretien avec Sandra Álvarez de Toledo et Sophie Mendelsohn

Dans les premières années du XXe siècle, ouvrent à Clermont-sur-Oise, Cadillac et Doullens, trois établissements publics laïcs pour mineures nommés « écoles de préservation de jeunes filles » où l’on enferme vagabondes et filles récalcitrantes de la campagne ou du sous-prolétariat. Leur histoire est très peu connue. Les éditions L’Arachnéen ont publié en octobre 2015 un ouvrage représentant le quotidien de ces « écoles » dans les années 1930. Vagabondes s’appuie sur un fonds photographique issu d’une commande officielle, et resté jusque là enfoui. Les photos sont accompagnées d’un montage de courriers administratifs et de documents officiels pour tenter de dresser un portrait de ces lieux d’enfermement.
Qui étaient ces jeunes filles ? Quel sort était réservé à celles que les correspondances administratives nommaient gracieusement des « idiotes perfectibles » ? Sandra Álvarez de Toledo, coordinatrice de Vagabondes, et Sophie Mendelsohn, auteure du texte qui clôt l’ouvrage, reviennent sur ce que les archives racontent de ces filles, sur la représentation de ces « écoles de préservation » et l’idéologie qui les sous-tendaient. Lire la suite

« Les femmes ont pour injonction
de ne pas prendre trop de place »
Entretien avec Mona Chollet

La question de l’émancipation des femmes est loin d’être résolue. Mona Chollet est de celles qui s’attachent à décrypter les mécanismes persistants d’infériorisation des femmes. Dans Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine (Zones, 2012 ; La Découverte, « Poches/Essais », 2015), elle montre à quel point l’inégalité des droits s’est muée en censure mentale, et comment les contraintes ont été intériorisées à coup d’injonctions à respecter le modèle de féminité dominant. Son dernier ouvrage, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (Zones, 2015 ; La Découverte, « Poches/Essais », 2016), tente quant à lui de déconstruire l’image toute faite du foyer et d’en explorer les potentialités émancipatrices, prenant ainsi à contre-pied la vision du foyer comme structure reproductrice d’inégalités, garant de l’ordre social et entérinant le modèle familial. Comprendre et lutter contre la domination masculine passe par la nuance. Lire l’entretien

Le remonte-couilles toulousain Slips chauffants et contraception masculine

Pour beaucoup, le projet de loi du 28 juin 1974 a réglé définitivement le problème de la contraception. Encore aujourd’hui, la pilule pour femmes apparaît souvent comme une solution incontournable, sinon unique. Pourtant, la maîtrise de la fertilité recouvre des pratiques très variées : médicalisées ou autonomes, individuelles ou collectives, etc. Et si les femmes sont les premières concernées par la contraception, elles n’ont pas à en rester les seules actrices. Lire la suite…

Cet article est issu du numéro 2 de Jef Klak, « Bout d’ficelle », qui aborde des questions liées au textile, à la mode et aux identités (de genres, sexuelles, etc.), et encore disponible en librairie.

Le mâle vulnérable Culture cuir et culture bear : déconstruire la « nature masculine »

Traduction du catalan par Angelina Sevestre

Nées au sein de la communauté gay, les sous-cultures cuir et bear (ours) ont eu, à travers leurs discours et leurs pratiques, un effet paradoxal sur les représentations symboliques et politiques du masculin. La culture cuir met en scène des corps et des comportements outrancièrement masculins, par le biais du vêtement de cuir, jusqu’à rendre presque parodique la notion même de masculinité. La culture bear cherche à construire un corps pourvu de certains caractères de la masculinité traditionnelle : pilosité, musculature, corpulence, virilité. Pour Javier Sáez, auteur de Théorie queer et psychanalyse (éditions Epel, 2005) et directeur de la revue électronique queer hartza.com, ces stratégies viennent remettre en question toute « nature masculine » présumée à partir de sa réinvention, fondée sur l’excès ou encore la réappropriation du sexe anal et de la pornographie. Au passage, c’est la visée reproductive, comprise comme prolongement des exigences de production capitalistes, qui sont remises en cause par les corps-mêmes. Lire la suite…

Trouble dans le tango 2/2 Tango Queer. Nouvelle danse, nouveau monde

Traduction par Ferdinand Cazalis

Sans rôles préétablis, sans que l’une des deux parties du couple doive toujours mener et l’autre suivre, sans que cette assignation des tâches dans la danse ne corresponde à une distribution par genre, où la femme joue à attendre d’être invitée puis suit la marche de l’homme. Et, surtout, sans que le couple soit obligatoirement composé d’un homme et d’une femme. Ainsi se danse un tango différent, qui commence à être connu comme « tango queer », réfléchissant sur le genre, les codes et les normes régissant cette danse.

Ce texte est le second d’une série dont le premier « S’en remettre aux pas de l’homme » est disponible ici.

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Trouble dans le tango 1/2 S'en remettre aux pas de l'homme

Traduction par Marc Saint-Upéry

Dans les cours de tango et les milongas du centre-ville de Buenos Aires, au moment de montrer aux femmes comment évoluer sur la piste, enseignants et danseurs leur expliquent qu’elles n’ont pas besoin de connaissances ou de compétences spécifiques : c’est l’homme qui se charge de tout. Quelle est donc la distribution des rôles et des savoirs dans la pratique du tango ? L’anthropologue María Julia Carozzi analyse les mécanismes de construction de l’ignorance des femmes dans les milieux tangueros.

Ce texte est le premier d’une série dont le second « Tango Queer. Nouvelle danse, nouveau monde » est disponible ici. Lire la suite…

Clôturer le corps des femmes Femmes, sorcières et contrôle de la reproduction dans le capitalisme. Entretien avec Silvia Federici

Traduction par Ulysse Baratin

Dix ans après sa parution aux États-Unis, l’ouvrage majeur de la féministe radicale Silvia Federici, Caliban et la sorcière, vient d’être traduit en français dans une co-édition Entremonde et Senonevero. Elle y montre, d’un point de vue féministe, que la transition entre féodalisme et capitalisme en Europe s’appuie notamment sur le phénomène de chasse aux sorcières aux XVIe et XVIIe siècles. Car l’oppression des femmes sert ici l’instauration du capitalisme : le pouvoir étatique contrôlant la politique des naissances et donc la démographie de son pays. En tant qu’outil reproducteur du prolétariat, le corps féminin doit être exploité et contrôlé. Sous ce premier angle, l’infériorité de la femme est aux fondements du capitalisme. L’originalité du texte de Federici est d’inscrire les chasses aux sorcières dans la continuité immédiate de l’expropriation terrienne des paysans par les « enclosures » et de rappeler que celles-ci suscitèrent des révoltes populaires massives. Lire la suite