Terrains vagues

Sur les ruines du futur Contre-récit de la révolution des textiles innovants à Roubaix

À Roubaix, la zone de l’Union est l’ancien « cœur battant » de l’industrie textile française du XXe siècle. Grèves dans les usines, syndicalisme ouvrier, main-d’œuvre immigrée mais aussi restructurations et délocalisations ont animé ce quartier industriel et populaire jusqu’à ce qu’il devienne au début des années 2000 une des plus grandes friches industrielles du pays. Depuis maintenant près de dix ans, les élus et acteurs économiques locaux ont lancé un vaste chantier de réhabilitation de l’Union pour que la zone devienne à terme un pôle de compétitivité et d’innovation industrielle au service de la métropole lilloise. Symbole de ce projet titanesque, le Centre européen des textiles innovants, qui réunit start-ups, entreprises familiales et laboratoires de recherche, se veut le fer de lance de la future révolution textile. Entre projet de rénovation urbaine, relégation des ancien·nes ouvrier·es du textile et économie de l’innovation, reportage en quatre actes, quatre espaces, sur la friche de l’Union. Lire la suite

La guerre des oliviers Italie du Sud : arbres millénaires et labos tueurs

Novembre 2015. Deux cents personnes entrent dans la gare de San Pietro Vernotico, région des Pouilles, en Italie. En bloquant les voies ferrées, elles s’opposent au plan Silletti, qui prévoit l’abattage massif des oliviers du Sud, supposément infectés par la bactérie « Xylella », ainsi que la pulvérisation massive de pesticides mortels. 46 personnes passent en procès ce 6 novembre 2017 pour « manifestation non déclarée et interruption d’un service public ». Lire la suite

La chapelle Saint-Lazare Longue histoire d’un lieu, brève histoire d’une lutte

Le texte qui suit est le récit d’une bataille – encore en cours – contre trois formes de privatisation qui ont menacé la chapelle Saint-Lazare dans le Xe arrondissement de Paris. Par un riche propriétaire pour en faire un espace de coworking. Par un collectif artistique, pour garder le lieu fermé et en faire un espace exclusivement dédié à ses productions. Par un public, homogène, qui viendrait à en exclure d’autres. Prendre l’embourgeoisement par le petit bout de la lutte et produire notre petite histoire, c’est le défi que nous nous sommes fixé. Lire la suite

Le port d’Anvers et le village fantôme Containérisation du monde et déplacements de vies

Les marchandises s’en viennent, la vie s’en va. À l’extrême nord de la Belgique, sur les rives de l’Escaut, Anvers est aujourd’hui le deuxième port d’Europe, derrière Rotterdam, et la première place boursière mondiale. Comme au Havre en France, la zone portuaire veut s’étendre encore et toujours, et augmenter ainsi le flux de containers arrivés du monde entier. Mais ces monstres-boîtes, qui acheminent nos biens de consommation, mangent peu à peu les gens alentour. Entre les grues du port et une centrale nucléaire, le petit bled de Doel prend des airs de ville fantôme. Malgré une lutte digne et énergique des habitant.es, la population est passée d’un millier dans les années 1990 à une dizaine aujourd’hui. Lire la suite

Marseille Social Club Expulsion des pauvres pour la saison touristique

Marseille. Son Olympique, son pastis, ses grandes gueules, sa Bonne Mère et… ses expulsions. Loin des clichés sur la douce vie marseillaise que la mairie tente de vendre aux touristes en goguette, un nombre croissant de personnes sont condamnés à la rue alors que les logements vides ne manquent pas. Un état d’urgence sociale auquel tentent de répondre quelques associations, regroupées dans le collectif Délinquants Solidaires. Lire la suite

Nuclear History X Après l'effondrement : Petite histoire du site nucléaire de Hanford (USA)

Début mai 2017, un tunnel rempli de déchets radioactifs s’est effondré sur le site de Hanford, dans l’État de Washington, à 275 km de Seattle. Depuis 1943, les réacteurs nucléaires et les usines de retraitement de ce complexe ont généré soixante tonnes de plutonium, équipant les deux tiers de l’arsenal nucléaire américain. Cette production, extrêmement polluante, a créé d’immenses quantités de déchets chimiques et radiologiques qui empoisonnent encore aujourd’hui les rives du majestueux fleuve Columbia, si bien que ce gigantesque combinat, seize fois plus grand que Paris, où s’agitent aujourd’hui 9 000 décontaminateurs, est considéré comme le plus grand dépotoir nucléaire du continent américain. Lire la suite

«  3 x 3,65 mètres » Entretien avec James Benning à propos d’Unabomber

Pendant près de quinze ans, le mathématicien Theodore Kaczynski fut considéré aux États-Unis comme l’ennemi public numéro un pour l’envoi de colis piégés artisanaux (de 1978 à 1996) à diverses personnes construisant ou défendant la société technologique. Trois morts et 23 blessés avec 16 bombes envoyées. Il a pendant ce temps écrit un Manifeste, faisant aujourd’hui référence dans la critique de la technologie.
James Benning est cinéaste, il travaille sur celui que le FBI a surnommé « Unabomber  », sans pouvoir discuter avec lui : depuis 1998, Kaczynski est incarcéré à l’ADX Florence, dans le Colorado, une prison de très haute sécurité.
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« Il faut avoir créé un désert agricole
pour bâtir un cimetière du nucléaire »
Discussion croisée avec des opposant.e.s au nucléaire et au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure

Depuis plus de dix ans, la Maison de la Résistance de Bure est le lieu emblématique de l’opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires et au monde qui l’accompagne. Elle sert autant de dortoir aux personnes de passage que de salle de réunion ou de lieu d’information. Un endroit vaste et chaleureux, couvert d’affiches et d’autocollants divers, rempli de pancartes, de caisses de jus de quetsche et de militant.e.s de tous horizons. Ces derniers temps, outre les voitures de flics en patrouille à ses abords, il y a eu beaucoup d’agitation et de visiteurs, plus qu’à l’accoutumée. Lire la suite…

Les Libres Républiques

Après la parution de Constellations en 2014 et de Défendre la ZAD en janvier 2016, le collectif Mauvaise Troupe publie Contrées, histoires croisées de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et de la lutte No TAV dans le Val de Suse, aux éditions de L’Éclat. Le livre retrace les moments d’intensité et les événements plus quotidiens de ces deux mouvements contre l’aéroport et la ligne de TGV Lyon-Turin, à travers la voix de leurs protagonistes. On y découvre la nécessaire transmission de ces expériences politiques majeures dans leurs pays respectifs. L’extrait reproduit ici revient sur deux épisodes de l’histoire No TAV, où l’opposition au Train à grande vitesse fait écho aux pratiques menées sur la ZAD du nord de Nantes : les Libres Républiques de Venaus en 2005 et surtout de la Maddalena en 2011. Des luttes de territoire puissantes, où actions directes et occupations pacifiques ont su se mêler pour durer, et qui peuvent inspirer les occupations de place et le mouvement social en cours… Lire la suite…

Nomos et cosmos :
coloniser le ciel
Inégalités climatiques et sociales Nord/Sud

Traduction par Ferdinand Cazalis

Pollués, surexploités ou encore spoliés, les sols sont au cœur des discussions sur l’écologie. Mais serait-il aussi légitime de parler des questions climatiques en termes de colonisation du ciel et de l’atmosphère ? À partir d’études scientifiques et de déclarations issues des représentants des pays du Sud lors des précédentes conférences sur le climat, l’architecte anglais Adrian Lahoud nous présente l’atmosphère à la fois comme vecteur et témoin des changements anthropogéniques majeurs des siècles derniers. Il cherche ainsi à redéfinir les responsabilités des pays industrialisés du Nord et à mettre en évidence les effets sociaux des bouleversements environnementaux passés ou à venir. Un voyage à bord des poussières du monde, des carottes glaciaires et des courants océaniques – jusqu’aux révoltes populaires.

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Les Simérables Jeux de simulation et ville technolibérale

Traduit par Paulin Dardel

Le jeu vidéo SimCity n’est pas un bac à sable. Ses règles reflètent la conception néolibérale de la planification urbaine contemporaine. Le monde de ce simulateur d’urbanisme à succès est peuplé d’« agents » Sims, « des petits soldats désintéressés, travaillant partout où on a besoin d’eux », comme le dit leur concepteur. Une vision simplifiée, mais lucide, de la précarisation des travailleurs parcourt le jeu, et habitue les joueurs à leur propre aliénation. Au-delà, le jeu sert aussi de source d’inspiration aux avant-gardes technophiles de l’architecture et de l’urbanisme, qui rêvent de villes transnationales démontables et portables. Au final, la cité serait ramenée à un jeu de pixels dirigé par un système d’exploitation. La production de valeur dans ces smart cities serait fondée sur nos données et celles des objets connectés entre eux, dans une gigantesque informatisation et monétarisation de la ville. Lire la suite…

Le naufrage de Thésée Techno-utopies et mythologies du transhumanisme

Quand Google se met à investir dans l’immortalité et engage le champion du transhumanisme Ray Kurzweil à un poste clé de son organigramme, on peut se demander où la société californienne veut en venir. Quand l’Armée américaine investit des milliards dans l’augmentation biomécanique du corps humain et que des chantiers européens de grande envergure comme l’Humain Brain sont financés pour modéliser le cerveau humain et permettre une plus grande fusion entre biologique et informatique, on peut se demander où les États veulent en venir. Mais d’où ces idées viennent-elles ? Il faudrait aussi analyser les mythes fondateurs de cette course au cyborg dans laquelle se sont lancées les grandes puissances économiques et étatiques… Où l’on verrait ressurgir des idéologies et des mystiques qu’on pensait oubliées.

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, «Marabout», dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la dernière d’une série limitée (6/6) de textes issus de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie. Lire la suite…

« C’est par la périphérie
qu’on reprendra la ville »
Sutures sociales et coutures urbaines du Grand Paris. Entretien croisé entre Eric Hazan et Anne Clerval

Comment Paris s’est-elle transfigurée au cours des derniers siècles pour finir vidée de ses habitants les plus pauvres, emportant avec eux les amorces de mutuellisme et de solidarité populaire qu’ils avaient élaborés ? Comment s’est jouée en détail la gentrification depuis Belleville jusqu’aux couronnes qui entourent la capitale ? Que laissent présager les projets urbanistiques du Grand Paris en termes de nouveaux déplacements de populations, mais aussi de rapports de forces à réinventer ?
Entretien croisé avec Anne Clerval, géographe auteure de Paris sans le peuple aux éditions de La Découverte (2013) et Eric Hazan, auteur de L’invention de Paris (Seuil, 2002), Paris sous tension (La Fabrique, 2011) et plus récemment La dynamique de la révolte (La Fabrique, 2015). Eric Hazan est par ailleurs le fondateur des éditions La Fabrique qui viennent de publier un précieux travail sur l’histoire ouvrière de Paris d’Alain Rustenholz : De la banlieue rouge au Grand Paris (2015). Lire la suite…

Le prix du progrès Discussion avec Isabelle Stengers sur les sorcières néopaïennes et la science moderne

Scientifique de formation et aujourd’hui professeure de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, Isabelle Stengers désigne les paroles sorcières dont usent le système capitaliste et « la science » pour justifier leur emprise. Des siècles de culture ultra-rationaliste et d’industrie ont éradiqué et discrédité tout ce qui relevait du commun, nous laissant vulnérables et impuissants. Pour récupérer une puissance de penser, d’agir et de coopérer, Isabelle Stengers convoque les activistes du « reclaim » et autres sorcières néo-païennes, qui nous invitent à résister à l’envoûtement capitaliste, au-delà de l’alternative entre réformisme et révolution.

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, « Marabout », dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la deuxième d’une série limitée (2/6) de textes issue de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie. Lire la suite…

« On ne peut plus se passer de printemps, parce qu’on n’a plus d’espérance » Plantes, science moderne et pensée magique. Entretien avec l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi

Pierre Lieutaghi est un ethnobotaniste de renommée internationale, né en 1939, auteur de nombreux ouvrages de référence et créateur d’un jardin ethnobotanique à Mane, dans les Alpes-de-Haute-Provence. À l’occasion de la parution de son premier roman, Elio, et de la sortie du numéro « Marabout » de la revue Jef Klak, il interroge dans ce long entretien les relations complexes des sociétés avec les plantes et leurs représentations magiques, notamment dans leurs usages médicinaux. Lire la suite

Tuer pour la croissance Tribune pour une organisation entre les ZAD et contre les violences policières

Le groupe MARCUSE (Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie) est un collectif d’auteurs critiques apparu au début des années 2000. En 2004, ils publiaient De la misère en milieu publicitaire, toujours disponible aux éditions de La Découverte, et en 2012 La liberté dans le coma aux éditions de La Lenteur. À Sivens, ils ont pu suivre et prendre part à la contestation envers le conseil général et le projet de barrage inutile qui a causé la mort de Rémi Fraisse. Dans un contexte de manifestations contre les crimes policiers qui réunissent lycéen-ne-s, écologistes et habitant-e-s de cités, voici leur analyse, mise en affiche et en tract. Lire la suite…

Faire barrage Provocations policières et confusionnisme médiatique : le cas du Testet

Que dire après la mort de Rémi Fraisse ? Quiconque se battant aujourd’hui contre l’arbitraire et la violence d’État pourrait être une victime. Que l’on parle des crimes policiers dans les cités, où le permis de tuer est devenu chose banale pour une police débridée, ou des luttes sociales qui voient la terreur contre-insurrectionnelle museler la liberté d’expression en acte : les armes (« létales » ou non) sont là pour éborgner et tuer toute résistance et tout sursaut de dignité. Voici donc quelques éléments de reportage et d’analyse sur ces jours noirs d’octobre 2014. Lire la suite

« Ramener de la vie sur la ZAD du Testet » Entretien fleuve avec des opposant⋅e⋅s au barrage de Sivens

Non loin de Toulouse et d’Albi, dans le Tarn, tout est réuni pour un nouveau scandale écologique et politique. Une société d’économie mixte (CACG) juge et partie pour la construction d’un barrage destiné à l’agriculture industrielle, des violences policières inacceptables, des milices venues « casser du jeune », des enjeux au plus haut sommet de l’État où l’on voit le Parti radical de gauche (PRG) et son président Jean-Michel Baylet s’entendre avec le PS pour l’exploitation de quelques hectares de forêt… Là où coulait un tranquille ruisseau, une lutte voit le jour contre le saccage des terres et pour une organisation sociale sensible à la notion de « bien commun ». Avant le rassemblement national du 25 octobre dans le Tarn, Jef Klak a rencontré deux opposant⋅e⋅s au projet de barrage pour comprendre les raisons et les enjeux de cette nouvelle ZAD (Zone à défendre). Lire la suite…

On va où ça nous plaît
+ Engagement total
Transmission dans les luttes de territoire – De la centrale du Pellerin à Notre-Dame-des-Landes

Il n’a pas toujours gagné, mais Paul Blineau n’arrive pas à raccrocher. Un jour chez ses enfants pour la découpe des poulets, un autre au jardin autogéré, et le reste du temps à Notre-Dame-des-Landes – sa lutte du moment, ou plutôt celle qui a traversé toute sa vie. Plus de cinquante ans de combat, et une situation quasi à l’identique. Raison suffisante pour Paul de continuer à se battre. Sur la ZAD, il est médiateur, agitateur, semeur, orateur. Sa façon à lui de transmettre ses valeurs. Il vit pour toutes ces luttes et le fera jusqu’à la fin. Il va où ça lui plaît et personne ne l’en empêchera, certainement pas les politiques ou les multinationales. Rencontre avec Paul et ses proches pour parler de ce que veut dire lutter, mais aussi transmettre hors des champs de bataille – quand on rentre chez soi et qu’on retrouve les siens. Voir et écouter la suite

Réflexions sur la perméabilité des toits Tristes couvertures et divines ouvertures en architecture

Il existe en architecture une symbolique de l’habitat, et les relations que nous entretenons avec le ciel et la terre se reflètent sur nos murs. Décédé en 2011, Guy-René Doumayrou était un architecte proche des mouvements surréaliste et libertaire. Ce texte, publié en 1977 dans la revue Surréalisme, dirigée par Vincent Bounoure, retrace l’histoire sociale et spirituelle de la construction des toits et des puits à travers le monde. Où l’on apprend que résumer l’abri à une protection vis-à-vis de l’extérieur est aussi moderne que lacunaire… Lire la suite