Les pieds dans les étriers

La vulve bien ouverte

Par Mado


« Je lui racontai les étriers, je lui dis que je me servais de moi parce que je m’avais sous la main, mais que je voulais nous écrire, nous-femmes, nous-filles, “Et puis tu as de l’expérience en la matière”, ça, on rigole tous les deux, et je lui dis mes amies proches, je ne lui raconte rien de qui, je lui dis, je fais la liste et ça m’enrage, je lui dis, ce texte il est là pour nous, pour moi-nous, parce que je ne supporte plus de nous voir serrer les dents... »

Ce texte est le premier d’une série de six articles issus du no 3 de Jef Klak, « Selle de ch’val », et publiés à l’occasion de la sortie prochaine du no 4, « Ch’val de course », sur les jeux et le risque. Lire la suite...

Précédemment dans Jef Klak :

Les pieds dans les étriers

La vulve bien ouverte

Par Mado

« Je lui racontai les étriers, je lui dis que je me servais de moi parce que je m’avais sous la main, mais que je voulais nous écrire, nous-femmes, nous-filles, “Et puis tu as de l’expérience en la matière”, ça, on rigole tous les deux, et je lui dis mes amies proches, je ne lui raconte rien de qui, je lui dis, je fais la liste et ça m’enrage, je lui dis, ce texte il est là pour nous, pour moi-nous, parce que je ne supporte plus de nous voir serrer les dents… »

Ce texte est le premier d’une série de six articles issus du no 3 de Jef Klak, « Selle de ch’val », et publiés à l’occasion de la sortie prochaine du no 4, « Ch’val de course », sur les jeux et le risque. Lire la suite…

Une brèche dans les vitrines de la tolérance zéro

Reportage à New-York dans la campagne contre le « Stop and Frisk  »

Par Mathieu Brier
Photos d’Alexis Berg

En novembre 2013, Bill de Blasio est élu maire de New York avec un programme axé sur la lutte contre l’arbitraire de la police. Une chose plutôt rare, en ces temps sécuritaires, et un comble, dans la capitale de la « tolérance zéro », politique ultra-répressive qui fait florès depuis les années 1980. C’est que, des coins de rues aux tribunaux, une riposte militante s’est organisée contre le « stop and frisk  », ces arrestations et fouilles subies en permanence par les New-Yorkais des quartiers pauvres.

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Du coup d’essai
au coup d’État ?

Analyse du régime Trump en 24h chrono

Par Yonatan Zunger
Le post d’origine sur medium.com est disponible ici.
Traduction : Daniel G., Antoine B., Noam A.

Depuis son investiture à la Maison Blanche le 20 janvier, Donald Trump a déjà battu un record : celui du nombre de décrets. En moins de deux semaines, il a signé  pas moins de vingt documents bouleversant l’ordre politique aux États-Unis, et portant sur des sujets aussi variés qu’essentiels : sécurité nationale, immigration, santé, industrie, énergie ou économie. Pas facile de tenir les comptes pour les états-unien.ne.s, et encore moins pour celles et ceux qui suivent cette course folle depuis la France. Jef Klak a décidé de traduire un billet de Yonatan Zunger paru le 30 janvier sur le site d’informations collaboratif Medium. Ce haut cadre de Google y analyse les dernières actions du président, pour une durée de 24 heures (ou presque), incluant les dispositions anti-immigration (Mur sur la frontière mexicaine et “Muslim Ban”) signées par la Maison Blanche. Il nous permet surtout de comprendre comment les dispositifs d’équilibre des pouvoirs (bureaucratie fédérale, Congrès, cours de justice) sont en passe d’être réduits à peau de chagrin, le pouvoir se resserrant dans les mains de la garde rapprochée de Trump – grippesous ultraconservateurs tendance extrême-droite. Lire la suite…

Super pouvoir noir

Les comics
à l’épreuve du Black Power

Par Casey Alt
Traduit de l’américain par le collectif Angles morts

1966, le mouvement Black Power est en pleine ébullition, le Black Panther Party vient de se créer et le premier super-héros noir apparaît dans les strips de Marvel Comics. « T’Challa, la Panthère Noire » évolue dans le Wakanda, nation africaine indépendante au développement technologique avancé. Les Noirs représentés au sein de cette Black Nation fictionnelle sont médecins, hommes politiques ou simples soldats pour le plus grand bonheur des jeunes lecteurs désireux de bousculer les représentations. Malgré les diverses tentatives de Marvel Comics pour en affaiblir la dimension politique, la Panthère Noire et le Wakanda ont porté haut les couleurs de la communauté africaine-américaine, comme en attestent les courriers des lecteurs, témoins de cette lutte symbolique au sein de la culture populaire des années 1960-70. Lire la suite…

« Presque une image d’évasion collective… »

Images des écoles de préservation de jeunes filles
Entretien avec Sandra Álvarez de Toledo et Sophie Mendelsohn

Propos recueillis par Romain André et Alexane Brochard

Dans les premières années du XXe siècle, ouvrent à Clermont-sur-Oise, Cadillac et Doullens, trois établissements publics laïcs pour mineures nommés « écoles de préservation de jeunes filles » où l’on enferme vagabondes et filles récalcitrantes de la campagne ou du sous-prolétariat. Leur histoire est très peu connue. Les éditions L’Arachnéen ont publié en octobre 2015 un ouvrage représentant le quotidien de ces « écoles » dans les années 1930. Vagabondes s’appuie sur un fonds photographique issu d’une commande officielle, et resté jusque là enfoui. Les photos sont accompagnées d’un montage de courriers administratifs et de documents officiels pour tenter de dresser un portrait de ces lieux d’enfermement.
Qui étaient ces jeunes filles ? Quel sort était réservé à celles que les correspondances administratives nommaient gracieusement des « idiotes perfectibles » ? Sandra Álvarez de Toledo, coordinatrice de Vagabondes, et Sophie Mendelsohn, auteure du texte qui clôt l’ouvrage, reviennent sur ce que les archives racontent de ces filles, sur la représentation de ces « écoles de préservation » et l’idéologie qui les sous-tendaient. Lire la suite

L’armure des journées de travail

Nouvelle

Par Antoine Mouton

J’ai creusé où on m’a dit de creuser. J’ai pris ma pelle et ma pioche. J’ai mis mon casque et mes œillères. J’ai vu quand même  : le travail est un mensonge.
J’ai eu un emploi, on m’a donné un emploi du temps, je n’avais plus de temps pour moi. J’étais pillé, employé pour le temps que je représentais.
J’ai donné mon temps j’ai donné mon sang j’ai jeté mes gants j’ai mis la main à la pâte j’ai donné la patte à la main qui voulait me la prendre.
J’étais du temps on m’a découpé en tranches fines on m’a roulé dans la farine on m’a recouvert de papier je ne pouvais pas me périmer pas m’avarier j’étais salarié j’avais un sale air de pauvre. Lire la suite

« La race tue deux fois »

Socio-histoire des crimes racistes et de leur traitement.
Entretien avec Rachida Brahim

Propos recueillis par Mickaël Correia et le collectif Angles Morts

10 à 15 morts. C’est le nombre moyen de décès (connus publiquement) causés dans le cadre d’une intervention de police en France chaque année. Un profil-type des individus victimes de la répression policière se dégage sans appel : un jeune homme des quartiers populaires, d’origine maghrébine ou subsaharienne. L’actuelle affaire Adama Traoré, mort cet été dans un commissariat, ou la relaxe en juin 2016 des policiers inculpés dans la mort de Zyed Benna et de Bouna Traoré ont démontré que les forces de police bénéficient d’une injustifiable impunité judiciaire. Pour comprendre la production et le maintien de ces violences, Rachida Brahim, sociologue au Lames (Laboratoire méditerranéen de sociologie de l’université d’Aix-Marseille), a étudié la dénonciation et le traitement des crimes racistes entre les années 1970 et fin 1990. Lire la suite

Jaroslav Hašek

Vie et œuvre d’un anarchiste alcoolique

Par Ian Bone
Traduit par Émilien Bernard
Article original de la revue anglaise Strike !

Qui n’a pas lu Jaroslav Hašek (1883-1923) est un sagouin. C’est ainsi. Pas de discussion. D’autant que l’écrivain pragois a eu l’élégance de laisser une œuvre de taille modeste, essentiellement couchée dans Le brave soldat Chvéïk et ses déclinaisons (Nouvelles aventures du soldat Chvéïk et Dernières aventures du soldat Chvéïk ). L’affaire de quelques heures de lecture. Lâchez donc vos écrans et filez fraterniser avec ce bon Chvéïk. En guise d’apéritif, voici un joyeux éloge au fondateur du « Parti pour un progrès modéré dans les limites de la loi ».
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Punk, Pop, & Glycon

Voyage dans les mondes
extraordinaires d’Alan Moore

Par Bruno Thomé
Illustré par Anne-Claire Hello

Écrivain de comics célèbre pour ses scénarios virtuoses qui mettent en scène la violence du pouvoir de l’État, ainsi que celle des super-héros, Alan Moore se déclare anarchiste, mais également adepte de la magie, qu’il pratique – et qu’il vulgarise dans nombre de ses histoires. Ainsi La Ligue des gentlemen extraordinaires, fresque séculaire qu’il a initiée il y a désormais quinze ans, met en abyme les mythes individualistes et scientistes de l’époque victorienne à nos jours ; l’occasion aussi pour Moore d’approfondir son exploration des mondes magiques.
 
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Dans la Google du loup

Reportage au cœur de la Silicon Valley

Par Émilien et Alexis Dubrasier

Voyage sur le campus de la plus célèbre entreprise du monde, à l’intérieur des sous-bois du futur, à la rencontre de la supposée utopie où Google scénarise un monde et son langage. Lire l’article

Texte paru initialement en 2015 dans le no 9 de la revue Z.

Tout le monde peut se passer de la police

Organisations communautaires pour abolir la police à Chicago

Par Maya Dukmasova
Traduit par Émilien Bernard

Scandale après scandale, meurtre après meurtre, la police états-unienne s’est taillée une solide réputation de brutalité, notamment auprès des populations noires. Dans le South Side de Chicago, des militant.e.s de terrain s’organisent pour dépasser la simple critique de l’institution policière, et mettre en place des contre-institutions rendant inutile l’intervention de la police. Inspiré.e.s par le concept d’abolition de la prison porté par Angela Davis, ou par la notion de « justice réparatrice » héritée des traditions indiennes, le but est de montrer que la fonction de la police tient plus dans la répression que dans la protection. Cercles de parole, repas de quartier servant de défense collective, ou bien encore résolution des délits à l’intérieur des communautés et des quartiers, les idées pour abolir la police ne manquent pas. Et certaines sont mises en pratique. Lire la suite

«  3 x 3,65 mètres »

Entretien avec James Benning
à propos d’Unabomber

Propos recueillis par Nicolas Rey

Pendant près de quinze ans, le mathématicien Theodore Kaczynski fut considéré aux États-Unis comme l’ennemi public numéro un pour l’envoi de colis piégés artisanaux (de 1978 à 1996) à diverses personnes construisant ou défendant la société technologique. Trois morts et 23 blessés avec 16 bombes envoyées. Il a pendant ce temps écrit un Manifeste, faisant aujourd’hui référence dans la critique de la technologie.
James Benning est cinéaste, il travaille sur celui que le FBI a surnommé « Unabomber  », sans pouvoir discuter avec lui : depuis 1998, Kaczynski est incarcéré à l’ADX Florence, dans le Colorado, une prison de très haute sécurité.
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«  Ça, c’est de la mode socialiste »

Créateurs d’État, couturières privées et
pantalons moulants : s’habiller à la soviétique
Entretien avec Larissa Zakharova

Propos recueillis par Julia Zortea et Norah Benarrosh-Orsoni

Assimilée au capitalisme, à la futilité et à l’extravagance du style vestimentaire bourgeois, la mode est fortement dépréciée dans l’URSS naissante, au lendemain de la révolution d’Octobre. Prônant le rejet de la consommation ostentatoire, l’homme et la femme bolcheviques doivent faire preuve d’austérité et s’habiller simplement. Très rapidement pourtant, dès les années 1930, le concept de mode réapparaît, des politiques vestimentaires sont élaborées, une organisation bureaucratique statue sur la pertinence « soviétique » des modèles créés… Entretien avec Larissa Zakharova, historienne et auteure de S’habiller à la soviétique. La mode et le Dégel en URSS (éd. CNRS, 2012). Lire la suite

« Les femmes ont pour injonction
de ne pas prendre trop de place »

Entretien avec Mona Chollet

Propos recueillis par Claire Féasson

La question de l’émancipation des femmes est loin d’être résolue. Mona Chollet est de celles qui s’attachent à décrypter les mécanismes persistants d’infériorisation des femmes. Dans Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine (Zones, 2012 ; La Découverte, « Poches/Essais », 2015), elle montre à quel point l’inégalité des droits s’est muée en censure mentale, et comment les contraintes ont été intériorisées à coup d’injonctions à respecter le modèle de féminité dominant. Son dernier ouvrage, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (Zones, 2015 ; La Découverte, « Poches/Essais », 2016), tente quant à lui de déconstruire l’image toute faite du foyer et d’en explorer les potentialités émancipatrices, prenant ainsi à contre-pied la vision du foyer comme structure reproductrice d’inégalités, garant de l’ordre social et entérinant le modèle familial. Comprendre et lutter contre la domination masculine passe par la nuance. Lire l’entretien

Portrait du policier en donut

Pour une phénoménologie de la police

Par Mark Greif
Traduction par Judith Chouraqui

Que font les mains d’un policier sur notre corps ? Quand il nous frappe, nous immobilise ou se contente de nous mettre une main sur l’épaule ? Que fait son regard ? Comment nous déplaçons-nous dans la rue quand un uniforme est là pour nous voir, et être vu ? À partir de subtiles observations sur la présence ordinaire des policiers dans notre quotidien, Mark Grief reconsidère avec ironie les fonctions élémentaires de la police : la majorité des prétendus « gardiens de la paix » ne mène aucune enquête pour arrêter de dangereux criminels, mais se contente d’être là, au milieu de nous, pour réguler nos gestes et les petites déviances. Plus que la paix, c’est donc un certain ordre qui est recherché. Parfois ils menacent ou frappent, parfois ils mangent un beignet ou avalent un soda – souvent, ils ne font rien. La question « Que fait la police ? » peut-elle répondre à cette autre : « À quoi sert la police ? »

«  La police tire au flash-ball
pour punir et terroriser »

Histoire en cinq actes
du procès des forces de l’ordre
Montreuil : 8 juillet 2009 – 21 novembre 2016

Propos recueillis par Ferdinand Cazalis
Avec le concours de Claire Feasson et Alexane Brochard

Le 8 juillet 2009, à Montreuil (93), ville en pleine gentrification où perdurent des pratiques de solidarité (notamment avec les sans-papiers), les forces armées de la police expulsent au petit matin « la Clinique », un immeuble occupé en plein centre, qui accueille des activités collectives ouvertes sur la ville.
Le soir-même, des habitant.e.s et personnes solidaires descendent dans la rue pour dénoncer publiquement cette expulsion. Ils organisent un repas de rue qui se termine en déambulation jusqu’au bâtiment expulsé. La police réprime sauvagement ce sursaut de résistance en tirant au flash-ball dans la foule. Des tirs au-dessus des épaules, contrairement à l’obligation légale censée encadrer l’utilisation de cette arme. Bilan : six blessés, dont une personne éborgnée. Quatre des blessés portent plainte auprès de la police des polices.

Le miel et les merveilles

Manifesklak / L’ours est un écrivain comme les autres

Par Émilien Bernard

Cette chronique Manifesklak est une coproduction Jef Klak / Manifesten (café-librairie anarcho-lettristo-avino situé au 59, rue Thiers, 13001 Marseille). L’idée de base : parler avec enthousiasme d’un ouvrage présent en rayon pour appâter le chaland. Aujourd’hui, L’Ours est un écrivain comme les autres, friandise littéraire signée William Kotzwinkle (publié aux éditions Cambourakis). Lire la suite…

Des bêtes à la barre

Les animaux ont-ils droit à un avocat ?

Par Raphaël Kempf

Dernièrement, des députés français se sont demandé si les bêtes étaient en droit des « biens meubles » comme les autres, pour finalement leur accorder le statut enviable d’« êtres vivants doués de sensibilité ». Un juge de San Francisco a, quant à lui, considéré que la loi sur les droits d’auteur ne pouvait s’appliquer à un macaque qui s’était pris en photo avec un appareil volé. Jef Klak – dont le dernier numéro papier disponible en librairies, « Selle de ch’val » interroge notre relation aux animaux non humains – revient ici sur les exemples historiques de procès d’insectes nuisibles et autres animaux criminels, quand la justice des hommes considérait les bêtes sujets de droit.

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« Il n’y a que l’amour
qui nous fait venir dans les parloirs »

Entretien avec Stéphane Mercurio et Chantal Vasnier sur les familles de détenus

Propos recueillis par Clémence Durand et Ferdinand Cazalis

Pendant que Stéphane Mercurio tournait son documentaire À côté (2007) sur les familles de détenus, elle a rencontré Chantal Vasnier, qui a passé 34 ans de sa vie à aller voir en prison Georges Courtois[1. Voir « Autoportrait en cagoule. Georges Courtois, malfaiteur professionnel », propos recueillis par Clémence Durand et Ferdinand Cazalis, Jef Klak no 2, « Bout d’ficelle », mai 2015, disponible sur jefklak.org.], son ex-mari. Entretien croisé.

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« Il faut avoir créé un désert agricole
pour bâtir un cimetière du nucléaire »

Discussion croisée avec des opposant.e.s au nucléaire et au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure

Propos recueillis par Émilien Bernard et Ferdinand Cazalis

Depuis plus de dix ans, la Maison de la Résistance de Bure est le lieu emblématique de l’opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires et au monde qui l’accompagne. Elle sert autant de dortoir aux personnes de passage que de salle de réunion ou de lieu d’information. Un endroit vaste et chaleureux, couvert d’affiches et d’autocollants divers, rempli de pancartes, de caisses de jus de quetsche et de militant.e.s de tous horizons. Ces derniers temps, outre les voitures de flics en patrouille à ses abords, il y a eu beaucoup d’agitation et de visiteurs, plus qu’à l’accoutumée. Lire la suite…

«  La tarantolata ne danse pas seule  »

Possession et dépossession dans l’ex-royaume de Naples

Entretien avec Alèssi Dell’Umbria
Propos recueillis par Damien Almar et Ferdinand Cazalis

(Entretien publié dans le numéro de la revue Jef Klak, « Marabout », 2014.)

Chaque été pendant des siècles dans le sud de l’Italie, le rituel de la taranta faisait danser des communautés entières. Cinéaste, musicien, auteur d’une monumentale histoire de Marseille et d’un essai détonant sur les révoltes de banlieue, Alèssi Dell’Umbria a vécu en Italie, où il a beaucoup appris sur l’histoire de ce système magico-rituel.

En ce mois d’octobre 2016, il vient de publier Tarantella ! aux éditions de L’Œil d’or, une somme qui retrace l’histoire d’une danse et d’une transe, prises entre la dépossession qu’ont subie les paysans avec l’arrivée du progrès technologique et les tentatives de récupération marchande venues des nouvelles politiques culturelles…

Pour qui chante le coq ?

Alligator Wine, Far West, soleil au zénith.
Ce matin-là, les cow-boys Birdy et Goody ont manqué l’aurore. Levés de mauvaise botte dans la moiteur du midday, les voilà sans nouvelle du bien-nommé Ritchie, chanteur à grande crête, horloge f lamboyante, annonciateur du point du jour. Mais où est-il passé ? Deux balles de fusil si c’est cette saleté de renard ! Face à une shérif dépassée par les évènements, Birdy et Goody, entourés de tou.te.s les habitant.e.s, doivent bientôt se rendre à l’évidence : les animaux sont partis !
Que devient la dernière espèce dans le silence des grandes plaines de l’Ouest ?

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« On est fort.e.s
quand on arrive à composer ensemble »

Discussion croisée sur la lutte contre la loi Travail et la violence d’État à Rennes

Propos recueillis par Clémence Durand et Ferdinand Cazalis

Depuis le début du mouvement contre la loi Travail et son monde, les habitant.e.s de Rennes résistent et s’organisent avec une constante détermination. Face à une bourgeoisie ultra-réactionnaire et à l’interdiction de manifester dans le centre-ville décidée par la mairie du Parti socialiste, militant.e.s et non-militant.e.s, syndiqué.e.s et non-syndiqué.e.s ont appris à agir ensemble. Les assemblées interpros et l’occupation de la Maison du peuple dans l’hypercentre de la capitale bretonne ont permis des actions de blocage économique et des manifestations avec un degré de conflictualité particulièrement élevé. Sans gommer leurs contradictions, six participant.e.s au mouvement racontent ici comment ils/elles ont su composer ensemble et affronter les violences policières ou institutionnelles, autant que la désinformation des médias locaux Lire la suite….

Les Libres Républiques

Par le collectif Mauvaise Troupe

Après la parution de Constellations en 2014 et de Défendre la ZAD en janvier 2016, le collectif Mauvaise Troupe publie Contrées, histoires croisées de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et de la lutte No TAV dans le Val de Suse, aux éditions de L’Éclat. Le livre retrace les moments d’intensité et les événements plus quotidiens de ces deux mouvements contre l’aéroport et la ligne de TGV Lyon-Turin, à travers la voix de leurs protagonistes. On y découvre la nécessaire transmission de ces expériences politiques majeures dans leurs pays respectifs. L’extrait reproduit ici revient sur deux épisodes de l’histoire No TAV, où l’opposition au Train à grande vitesse fait écho aux pratiques menées sur la ZAD du nord de Nantes : les Libres Républiques de Venaus en 2005 et surtout de la Maddalena en 2011. Des luttes de territoire puissantes, où actions directes et occupations pacifiques ont su se mêler pour durer, et qui peuvent inspirer les occupations de place et le mouvement social en cours… Lire la suite…

Comment protester intelligemment

Importation du « savoir-faire » égyptien
Manuel distribué dans les rues du Caire en 2011

Traduction par Raphaël Kempf
et Otman El Mernissi

Cette traduction a été publiée dans la revue papier Jef Klak n°1 « Marabout »

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Song to Woody :
Demande à la poussière

Le Cri du Gonze

Par Émilien Bernard

Goguenard, béret de travers, clope au bec, Woody Guthrie se frayait son propre chemin, loin des mondanités et des tentations de reconnaissance, convaincu que ses semblables, un jour, feraient ravaler leurs méfaits à tous les patrons de ce monde… Cette chronique musicale est publiée à la fois sur Article11 et sur Jef Klak. Comme un passage de flambeau, sachant que les prochains textes de ce type rédigés par votre serviteur seront publiés exclusivement chez l’ami Jef. Et chose surprenante pour le site de Jef Klak : les commentaires sont activés ! Lire la suite…

Madrid : les racines du 15-M

Le mouvement d’occupation des places en Espagne : avant et après…

Par Émilien Bernard et Ferdinand Cazalis

Les médias leur avaient collé l’étiquette « indignés », appellation non-contrôlée dans laquelle la plupart ne se retrouvaient pas. Celles et ceux qui occupaient la rue préféraient le plus sobre « 15-M », en référence à ce 15 mai 2011 où l’Espagne assoupie s’est réveillée. Un mouvement aux racines multiples, qui s’est construit dans la durée et continue à renouveler les imaginaires. De quoi aider à penser le mouvement du 32-Mars (ou « Nuit debout ») en train de s’organiser à Paris, cousin peut-être pas si éloigné de son aîné espagnol, dont l’exigence d’horizontalité, la défiance envers les partis et le refus de la représentation restent des outils indispensables pour une organisation capable de transformer la société. Lire la suite…

Le remonte-couilles toulousain

Slips chauffants et contraception masculine

Par Xavier Bonnefond et Paulin Dardel

Pour beaucoup, le projet de loi du 28 juin 1974 a réglé définitivement le problème de la contraception. Encore aujourd’hui, la pilule pour femmes apparaît souvent comme une solution incontournable, sinon unique. Pourtant, la maîtrise de la fertilité recouvre des pratiques très variées : médicalisées ou autonomes, individuelles ou collectives, etc. Et si les femmes sont les premières concernées par la contraception, elles n’ont pas à en rester les seules actrices. Lire la suite…

Cet article est issu du numéro 2 de Jef Klak, « Bout d’ficelle », qui aborde des questions liées au textile, à la mode et aux identités (de genres, sexuelles, etc.), et encore disponible en librairie.

Super-slips vs bat-masques

Vérité et Justice vs
Terreur et Sécurité

Par Bruno Thomé

Considéré comme le premier véritable super-héros, Superman apparaît en avril 1938, avec sa cape, ses bottes et son slip rouges, son « S » frappé sur un écu de poitrine jaune, et son justaucorps bleu, en couverture du mensuel Action Comics nº1 – édité par le futur DC comics. Face à un succès immédiat, le même éditeur publie un an après un autre personnage en cape et costume, mais sombre et masqué : The Bat-Man, qui fait la une du no 27 de Detective Comics. Si de nombreux autres super-héros apparaissent dans la foulée, Superman et Batman s’imposent comme les plus populaires et les plus emblématiques. Contrairement à la plupart de leurs congénères costumés, la publication mensuelle de leurs aventures ne connaîtra quasiment pas de pause. Ils ont créé et maintenu une véritable industrie, tout en alimentant régulièrement de nombreux autres médias de masse : feuilletons radiophoniques, cartoons, romans, serials, séries TV, jeux vidéos ou superproductions hollywoodiennes. Depuis plus de 75 ans, et alors que Batman V Superman : L’aube de la justice est sorti au cinéma ce mercredi 23 mars, c’est aussi deux visions de l’idéal américain de justice, des mesures antiterroristes ou des dispositifs de maintien de l’ordre qui se confrontent dans les sagas de ces super-héros. Lire la suite…

Les trois « R » du relais textile

Recycler les vêtements,
recycler les hommes,
rénover le capitalisme

Par Mathieu Rivat

L’Économie sociale et solidaire (ESS) a été pensée pour développer des modèles de fonctionnement fondés sur la solidarité et l’utilité sociale. La promesse est alléchante, mais l’entreprise périlleuse, surtout quand on doit se frotter aux marchés et à une concurrence féroce. Exemple avec Le Relais, investi dans l’insertion des plus défavorisés via la collecte et la valorisation de déchets textiles – où l’on apprend que l’enfer du capitalisme est pavé de bonnes intentions.

Ce texte est issu du deuxième numéro de Jef Klak, « Bout d’ficelle », paru en mai 2015 et encore disponible en librairie.Lire la suite…

« Le voile islamique
est un fossile vivant
qui se porte comme un charme »

Histoire des régimes de visibilité dans les cultures musulmanes et chrétiennes.
Entretien avec Bruno Nassim Aboudrar

Propos recueillis par Raphaël Kempf

Et si le voile islamique masquait davantage la vue de celui qui le regarde que de celle qui le porte ? Professeur d’esthétique à la Sorbonne-Nouvelle (université Paris 3), Bruno Nassim Aboudrar vient de publier Comment le voile est devenu musulman (Flammarion, 2014), ouvrage qui explore la manière dont le regard travaille le monde, en islam et dans la chrétienté. Disséquant la peinture et la photographie orientalistes, l’auteur montre comment un certain regard colonial, révulsé par le voile, continue de se poser sur ce bout de tissu devenu l’image de l’islam, paradoxalement religion sans image.

Ce texte est issu du numéro 2 de la revue papier Jef Klak, «Bout d’ficelle», paru en mai 2015 et encore disponible en librairie. Lire la suite…

La liste est dans l’armoire

Leveurs de mal et institutions médicales dans le nord des Alpes

Par Julia Zortea

Dans le nord des Alpes, en Haute-Savoie et en Suisse romande, il n’est pas rare de faire appel aux talents d’un « leveur de mal » pour supprimer une douleur ou guérir une pathologie, jusque dans les services des urgences des hôpitaux. Efficace et discrète, cette pratique n’existe « que lorsqu’elle est mise en œuvre » ; modeste, mais tenace, elle questionne ce qu’elle ne cherche pas à expliquer. Lire le suite…

Hecho en Argentina

Visite photographique
d’un atelier souterrain
du textile argentin

Par Benoist-Antoine Gelin

Depuis la crise argentine de 2001, le nombre d’ateliers de couture clandestins n’a cessé d’augmenter dans le centre de Buenos Aires et sa périphérie. Celui de Luis fonctionne entre autogestion et système D. Il travaille principalement pour les stylistes indépendants de la capitale qui font désormais partie intégrante de la culture vestimentaire argentine. Tout y est plus simple : les contrats de travail et les commandes sont tacites, les paiements en liquide. Revers de la médaille, cette économie souterraine qui s’est désormais généralisée en Argentine, profite surtout aux grandes chaînes du textile et à la contrefaçon, soupçonnées d’encourager le travail esclave. Lire la suite…

Le mâle vulnérable

Culture cuir et culture bear : déconstruire la « nature masculine »

Par Javier Sàez
Traduction du catalan
par Angelina Sevestre

Nées au sein de la communauté gay, les sous-cultures cuir et bear (ours) ont eu, à travers leurs discours et leurs pratiques, un effet paradoxal sur les représentations symboliques et politiques du masculin. La culture cuir met en scène des corps et des comportements outrancièrement masculins, par le biais du vêtement de cuir, jusqu’à rendre presque parodique la notion même de masculinité. La culture bear cherche à construire un corps pourvu de certains caractères de la masculinité traditionnelle : pilosité, musculature, corpulence, virilité. Pour Javier Sáez, auteur de Théorie queer et psychanalyse (éditions Epel, 2005) et directeur de la revue électronique queer hartza.com, ces stratégies viennent remettre en question toute « nature masculine » présumée à partir de sa réinvention, fondée sur l’excès ou encore la réappropriation du sexe anal et de la pornographie. Au passage, c’est la visée reproductive, comprise comme prolongement des exigences de production capitalistes, qui sont remises en cause par les corps-mêmes. Lire la suite…

Quelques conseils pour
les voyages au long cours

Récit des migrations ordinaires

Par Ghaith Abdul-Ahad
Traduction par Émilien Bernard

Ce texte du journaliste irakien Ghaith Abdul-Ahad, connu notamment pour ses reportages sur Al Qaeda, a été publié le 8 octobre 2015 dans la London Review of Books, sous le titre « Some tips for the long-distance traveler ». Il y raconte le trajet « ordinaire » des migrant-e-s, comme lui, venu-e-s d’Irak, de Syrie, d’Érythrée ou d’ailleurs, passant par la Turquie ou la Grèce, en route vers l’Europe du Nord. Autant de voyages que d’existences, avec leurs étapes singulières, leurs espoirs trahis et leurs rencontres anodines ou presque. Lire la suite…

Autoportrait en cagoule

Georges Courtois,
malfaiteur professionnel

Propos recueillis par Clémence Durand
et Ferdinand Cazalis

Il y a 30 ans, le 19 décembre 1985, Georges Courtois, Karim Khalki et Patrick Thiolet prenaient la cour d’assises du Tribunal de Nantes en otage. Revolvers et grenades au poing, ils convoquent les caméras de FR3 pour renverser la vapeur : pendant 34 heures, au lieu d’être condamnés ce jour pour de petits braquages, ils font en direct à la télévision le procès de la société carcérale dans laquelle ils se trouvent piégés.

Préférant la prison pour un mot juste qu’une liberté à demi-mot, Georges Courtois a aujourd’hui 68 ans et habite à Nantes. Il est dehors depuis 2014, et a passé plus de la moitié de sa vie enfermé. Il raconte ici son parcours de malfaiteur professionnel et d’homme de lettres malicieux. Ses mémoires complètes, Aux marches du palais, sont sorties en librairie le 19 novembre 2015 aux éditions du Nouvel Attila. Lire la suite…

Nomos et cosmos :
coloniser le ciel

Inégalités climatiques
et sociales Nord/Sud

Par Adrian Lahoud
Traduction par Ferdinand Cazalis

Pollués, surexploités ou encore spoliés, les sols sont au cœur des discussions sur l’écologie. Mais serait-il aussi légitime de parler des questions climatiques en termes de colonisation du ciel et de l’atmosphère ? À partir d’études scientifiques et de déclarations issues des représentants des pays du Sud lors des précédentes conférences sur le climat, l’architecte anglais Adrian Lahoud nous présente l’atmosphère à la fois comme vecteur et témoin des changements anthropogéniques majeurs des siècles derniers. Il cherche ainsi à redéfinir les responsabilités des pays industrialisés du Nord et à mettre en évidence les effets sociaux des bouleversements environnementaux passés ou à venir. Un voyage à bord des poussières du monde, des carottes glaciaires et des courants océaniques – jusqu’aux révoltes populaires.

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Trouble dans le tango 2/2

Tango Queer.
Nouvelle danse, nouveau monde

Par José Juan Rodríguez
Traduction par Ferdinand Cazalis

Sans rôles préétablis, sans que l’une des deux parties du couple doive toujours mener et l’autre suivre, sans que cette assignation des tâches dans la danse ne corresponde à une distribution par genre, où la femme joue à attendre d’être invitée puis suit la marche de l’homme. Et, surtout, sans que le couple soit obligatoirement composé d’un homme et d’une femme. Ainsi se danse un tango différent, qui commence à être connu comme « tango queer », réfléchissant sur le genre, les codes et les normes régissant cette danse.

Ce texte est le second d’une série dont le premier « S’en remettre aux pas de l’homme » est disponible ici.

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Trouble dans le tango 1/2

S’en remettre aux pas de l’homme

Par María Julia Carozzi
Traduction par Marc Saint-Upéry

Dans les cours de tango et les milongas du centre-ville de Buenos Aires, au moment de montrer aux femmes comment évoluer sur la piste, enseignants et danseurs leur expliquent qu’elles n’ont pas besoin de connaissances ou de compétences spécifiques : c’est l’homme qui se charge de tout. Quelle est donc la distribution des rôles et des savoirs dans la pratique du tango ? L’anthropologue María Julia Carozzi analyse les mécanismes de construction de l’ignorance des femmes dans les milieux tangueros.

Ce texte est le premier d’une série dont le second « Tango Queer. Nouvelle danse, nouveau monde » est disponible ici.

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« La prochaine fois, le feu »

Retour sur les émeutes de Baltimore de 2015

Par Curtis Price
Traduction par Émilien Bernard

Le 19 avril 2015, à Baltimore, Freddie Gray, Africain-Américain de 25 ans, meurt suite à de lourdes blessures perpétrées par la police lors d’une arrestation musclée. S’ensuit alors plusieurs jours d’émeutes et de pillages dans les quartiers pauvres de la ville, tandis que l’élite gouvernante noire de Baltimore décrète un couvre-feu et appelle la Garde nationale pour rétablir l’ordre. Corruption de la police, infiltration des gangs dans les institutions publiques, ou encore désagrégation du tissu social des quartiers pauvres… Curtis Price, travailleur social initiateur de Street Voice, journal de rue gratuit écrit par les marginaux de Baltimore dans les années 1990, détaille les différents ressorts de cette explosion sociale sans précédant depuis les émeutes de Los Angeles de 1992. Lire la suite…

Avant-propos
sur les sociétés de ciblage

Une brève histoire des corps schématiques

Par Grégoire Chamayou

De la notation chorégraphique au XVIIIe siècle à la chronophotographie des années 1910, diverses méthodes ont su schématiser les déplacements des corps humains dans un espace et un temps donnés. Aujourd’hui, dans un contexte de traçabilité généralisée, l’accumulation de trajectoires chronospatiales permet d’élaborer des modèles statistiques de comportements « normaux » au sein d’une société donnée – pour mieux isoler les déviances potentielles de tel ou tel individu. Une logique non plus seulement de discipline ou de contrôle, mais de ciblage, au service des pouvoirs policiers, militaires ou économiques.

Ce texte est extrait du numéro 2 de Jef Klak, « Bout d’ficelle », dont le thème est Coudre / En découdre. Sa publication en ligne est la première d’une série limitée (1/6) de textes issus de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie.

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Clôturer le corps des femmes

Femmes, sorcières
et contrôle de la reproduction
dans le capitalisme

Entretien avec Silvia Federici

Propos recueillis par Claire Feasson
Traduction par Ulysse Baratin

Dix ans après sa parution aux États-Unis, l’ouvrage majeur de la féministe radicale Silvia Federici, Caliban et la sorcière, vient d’être traduit en français dans une co-édition Entremonde et Senonevero. Elle y montre, d’un point de vue féministe, que la transition entre féodalisme et capitalisme en Europe s’appuie notamment sur le phénomène de chasse aux sorcières aux XVIe et XVIIe siècles. Car l’oppression des femmes sert ici l’instauration du capitalisme : le pouvoir étatique contrôlant la politique des naissances et donc la démographie de son pays. En tant qu’outil reproducteur du prolétariat, le corps féminin doit être exploité et contrôlé. Sous ce premier angle, l’infériorité de la femme est aux fondements du capitalisme. L’originalité du texte de Federici est d’inscrire les chasses aux sorcières dans la continuité immédiate de l’expropriation terrienne des paysans par les « enclosures » et de rappeler que celles-ci suscitèrent des révoltes populaires massives. Lire la suite

Les Simérables

Jeux de simulation
et ville technolibérale

Par Ava Kofman
Traduit par Paulin Dardel

Le jeu vidéo SimCity n’est pas un bac à sable. Ses règles reflètent la conception néolibérale de la planification urbaine contemporaine. Le monde de ce simulateur d’urbanisme à succès est peuplé d’« agents » Sims, « des petits soldats désintéressés, travaillant partout où on a besoin d’eux », comme le dit leur concepteur. Une vision simplifiée, mais lucide, de la précarisation des travailleurs parcourt le jeu, et habitue les joueurs à leur propre aliénation. Au-delà, le jeu sert aussi de source d’inspiration aux avant-gardes technophiles de l’architecture et de l’urbanisme, qui rêvent de villes transnationales démontables et portables. Au final, la cité serait ramenée à un jeu de pixels dirigé par un système d’exploitation. La production de valeur dans ces smart cities serait fondée sur nos données et celles des objets connectés entre eux, dans une gigantesque informatisation et monétarisation de la ville. Lire la suite…

Lettre ouverte au Défenseur Des Droits

Par l’Assemblée des blessées,
des familles et des Collectifs contre les violences policières.

Octobre 2005 : le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy se rend sur la Dalle d’Argenteuil et, sous les projectiles des habitant-e-s, crie à qui veut l’entendre : « Vous en avez assez de cette bande de racailles, hé bien, on va vous en débarrasser. » Dix ans après, la nuit du 14 Juillet 2015, près de cette même dalle d’Argenteuil, Amine joue dans son quartier et reçoit un tir de Flash-Ball dans le testicule. Cette bavure structurelle a poussé le Défenseur des Droits à à recommander l’abandon de certaines armes de la police. Réponse sous forme de mise au point de l’Assemblée des blessées, des familles et des Collectifs contre les violences policières. Lire la suite…

« J’ai boucop d’histoire
dans mon corps à dire »

Discussion avec Jérémie Piolat
sur l’« acceuil » des migrant-e-s
et la décolonialité

Propos recueillis par Clémence Durand
et Ferdinand Cazalis

Qu’est-ce que les migrant-e-s extra-occidentalisé-e-s nous apprennent en arrivant en Europe de l’Ouest ? Cette question n’est presque jamais posée, selon le philosophe Jérémie Piolat. L’auteur du Portrait du colonialiste, L’effet boomerang de sa violence et de ses destructions (éd. La découverte, coll. Les empêcheurs de penser en rond, 2011) a travaillé avec des associations liées à l’alphabétisation des migrant-e-s. Il y a tenté d’apprendre sur lui-même et sur la disparition des cultures populaires dans les pays occidentalisés. Durant ce terrain, il a pu se rendre compte à quel point les intentions émancipatrices des logiques d’accueil restent empreintes de colonialité et de domination culturelle. L’enjeu est alors, au-delà de la décolonisation, la « décolonialisation ». Lire la suite…

Le retour du bâillon

La liberté de critiquer
la police en procès
le 29 juin 2015

Communiqué (signataires en fin de texte)

Doucement mais sûrement, la liberté d’expression est en passe d’être réduite à peau de chagrin. De la loi anti-terrorisme de 2014 à la multiplication des procédures pour outrage ou provocation à la commission d’actes délictueux, les mots mènent de plus en plus en prison. Quant au droit de la presse, il est lui aussi attaqué par des procureurs nostalgiques des lois scélérates de la fin du XIXe siècle. Avec le procès du 29 juin 2015 contre une personne soupçonnée d’être directrice de publication du site d’information Iaata à Toulouse, on voit clairement s’affirmer le retour du délit d’opinion – contrairement aux grands discours sur la liberté d’expression de ces derniers temps.
Voici un communiqué écrit et signé par des journaux, revues et sites d’information indépendants, avant la discussion publique et la conférence de presse du lundi 22 juin 2015 à 19h30 au Zabar (116 Rue de Ménilmontant, 75020 Paris, Métro Ménilmontant ou Jourdain). Lire la suite…

Le nouvel ordre mural

Petite histoire
des dispositifs anti-graffitis

Par Grégoire Vilanova
& Guillaume Normand / GRAFFITIVRE

Après des millénaires durant lesquels les graffitis faisaient partie du paysage urbain, le XIXe siècle a inauguré leur criminalisation : les transformations urbanistiques de Paris sous le préfet Haussmann ont développé une forme d’architecture préventive, renouvelée au XXe siècle en réponse à l’explosion des tags. Si la lutte anti-graffiti était initialement liée à la traque de l’écrit « subversif », depuis la fin du XXe siècle elle réfute toute considération d’ordre moral, associant désormais systématiquement cette pratique au vandalisme et à la pollution visuelle. Seul un caractère esthétique lui ouvre parfois les portes d’une reconnaissance, bien souvent intéressée. Lire et voir la suite…

Le naufrage de Thésée

Techno-utopies
et mythologies du transhumanisme

Par Mickaël Correia

Quand Google se met à investir dans l’immortalité et engage le champion du transhumanisme Ray Kurzweil à un poste clé de son organigramme, on peut se demander où la société californienne veut en venir. Quand l’Armée américaine investit des milliards dans l’augmentation biomécanique du corps humain et que des chantiers européens de grande envergure comme l’Humain Brain sont financés pour modéliser le cerveau humain et permettre une plus grande fusion entre biologique et informatique, on peut se demander où les États veulent en venir. Mais d’où ces idées viennent-elles ? Il faudrait aussi analyser les mythes fondateurs de cette course au cyborg dans laquelle se sont lancées les grandes puissances économiques et étatiques… Où l’on verrait ressurgir des idéologies et des mystiques qu’on pensait oubliées.

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, «Marabout», dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la dernière d’une série limitée (6/6) de textes issus de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie. Lire la suite…

« Être fort assez »

Entretien radiophonique
avec Jeanne Favret-Saada.
La sorcellerie
dans le bocage de Mayenne

Par Juliette Volcler
et Yeter Akyaz

En 1969, après avoir enseigné à l’université d’Alger puis de Nanterre, Jeanne Favret-Saada s’installe dans le bocage mayennais pour commencer une enquête de plusieurs années sur la sorcellerie. Loin de se satisfaire d’une posture d’observatrice, et plutôt que d’imaginer, à distance, le fonctionnement du système sorcellaire, elle accepte d’en « occuper » une place, de se laisser affecter, de perdre une certaine maîtrise sur son devenir. Au-delà d’un apprentissage « pour sa vie », Jeanne Favret-Saada tire de cette expérience une analyse inédite du système des sorts et des rôles de chacun.e dans cette entreprise de conjuration du malheur. Trois ouvrages, devenus classiques en sciences sociales, sont nés de ce travail : Les mots, la mort, les sorts (1977), Corps pour corps, enquête sur la sorcellerie dans le bocage, avec Josée Contreras (1981), et Désorceler (2009).

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, «Marabout», dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la cinquième d’une série limitée (5/6) de textes issus de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie. Lire la suite…

« C’est par la périphérie
qu’on reprendra la ville »

Sutures sociales
et coutures urbaines du Grand Paris.
Entretien croisé
entre Eric Hazan et Anne Clerval

Propos recueillis par Maxime Lancien
et Ferdinand Cazalis

Comment Paris s’est-elle transfigurée au cours des derniers siècles pour finir vidée de ses habitants les plus pauvres, emportant avec eux les amorces de mutuellisme et de solidarité populaire qu’ils avaient élaborés ? Comment s’est jouée en détail la gentrification depuis Belleville jusqu’aux couronnes qui entourent la capitale ? Que laissent présager les projets urbanistiques du Grand Paris en termes de nouveaux déplacements de populations, mais aussi de rapports de forces à réinventer ?
Entretien croisé avec Anne Clerval, géographe auteure de Paris sans le peuple aux éditions de La Découverte (2013) et Eric Hazan, auteur de L’invention de Paris (Seuil, 2002), Paris sous tension (La Fabrique, 2011) et plus récemment La dynamique de la révolte (La Fabrique, 2015). Eric Hazan est par ailleurs le fondateur des éditions La Fabrique qui viennent de publier un précieux travail sur l’histoire ouvrière de Paris d’Alain Rustenholz : De la banlieue rouge au Grand Paris (2015). Lire la suite…

Face à la répression,
l’information est une arme :
soutien à IAATA.info

Jef Klak relaie un communiqué publié sur Iaata.info et signé
par le collectif Jef Klak

 
Soupçonnée d’être responsable de la publication d’un article sur IAATA.info, site collaboratif et anti-autoritaire toulousain, une personne est poursuivie par la justice. Parce qu’informer face à la répression policière est légitime et nécessaire, communiqué de soutien dénonçant la criminalisation et l’intimidation des médias libres. Lire la suite…

Géographies du drone

Les quatre lieux d’une guerre
sans frontières

Par Derek Gregory
Traduction par Émilien Bernard

L’usage devenu banal des drones sur les champs de bataille en transforme la géographie. La guerre n’a plus de lieu spécifique, et ne répond presque plus à la définition classique. C’est dans des zones aux limites indéfinies qu’interviennent ces avions sans pilote, dirigés comme des jouets, par des humains à des milliers de kilomètres. Professeur de géographie à l’université de la Colombie-Britannique de Vancouver, Derek Gregory propose de repenser l’espace géopolitique à l’aune de ces nouvelles pratiques : aussi loin soit-il, le « pilote » du drone n’est finalement qu’à cinquante centimètres de la zone de conflit, matérialisée par son seul écran d’ordinateur. La guerre devient aussi intime que virtuelle. La cible n’est plus un ennemi indifférencié, mais un criminel connu, dont l’assassinat se joue des questionnements moraux, malgré les efforts des juristes de l’armée pour les légitimer.

Ce texte est extrait de la partie hors thème du numéro 1 de Jef Klak, « Marabout », dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la quatrième d’une série limitée (4/6) de textes issue de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie.Lire la suite…

« Les voix comme des messagères »

Entretien avec Magali Molinié sur les mouvements d’entendeurs de voix

Propos recueillis par Julia Zortea
et Ferdinand Cazalis

Dire que l’on entend des voix, c’est souvent mettre un pied dans l’hôpital psychiatrique – or cela concernerait une personne sur dix. Enseignante à l’université Paris 8-Saint-Denis et à la Cornell University aux États-unis, Magali Molinié, psychologue de formation, a décidé de prendre au sérieux les entendeurs de voix. Plutôt que d’imposer un savoir universitaire et des catégories psychiatriques pour établir des diagnostics médicaux, elle participe à la création de groupes de personnes partageant une même expérience de perceptions inhabituelles et y faisant face ensemble. Ces groupes renouent avec des pratiques alternatives à la médicalisation psychiatrique, jusqu’à parfois faire de leurs voix des alliées précieuses.

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, « Marabout », dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la troisième d’une série limitée (3/6) de textes issue de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie.Lire la suite

Le prix du progrès

Discussion avec Isabelle Stengers sur les sorcières néopaïennes et la science moderne

Propos recueillis par Mathieu Rivat
et Aurélien Berlan

Scientifique de formation et aujourd’hui professeure de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, Isabelle Stengers désigne les paroles sorcières dont usent le système capitaliste et « la science » pour justifier leur emprise. Des siècles de culture ultra-rationaliste et d’industrie ont éradiqué et discrédité tout ce qui relevait du commun, nous laissant vulnérables et impuissants. Pour récupérer une puissance de penser, d’agir et de coopérer, Isabelle Stengers convoque les activistes du « reclaim » et autres sorcières néo-païennes, qui nous invitent à résister à l’envoûtement capitaliste, au-delà de l’alternative entre réformisme et révolution.

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, « Marabout », dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est la deuxième d’une série limitée (2/6) de textes issue de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie. Lire la suite…

« Quand on jette une vierge
dans un pays communiste
un matin… »

Vie publique d’une apparition
Entretien avec Élisabeth Claverie

Propos recueillis par Julia Zortea

Le 24 juin 1981, la Vierge apparait à six enfants dans le village isolé de Međugorje en Bosnie-Herzégovine, l’un des États de la République fédérative socialiste de Yougoslavie d’alors. Depuis, tous les jours à la même heure, cette dernière continue de se montrer et de transmettre ses messages aux six voyants. À mesure qu’un pèlerinage s’y développe, drainant chaque année des milliers de pèlerins en quête de soutien, Međugorje se métamorphose. L’histoire officielle de cette localité, qui commence à se revendiquer « croate » et « catholique », se fissure ; les morts et les conflits refoulés resurgissent, les positionnements politiques se durcissent jusqu’à ce qu’une guerre survienne.

Ce texte est extrait du numéro 1 de Jef Klak, « Marabout », dont le thème est Croire/Pouvoir. Sa publication en ligne est le premier d’une série limitée (1/6) de textes issue de la version papier de Jef Klak, toujours disponible en librairie. Lire la suite…

Mortels algorithmes

Du code pénal au code létal

Par Susan Schuppli
Traduit de l’anglais par Lucie Gerber

La guerre des drones menée par le gouvernement Obama, et coordonnée par John Brennan, responsable de la Homeland Security, tend à automatiser le règlement des conflits dans lesquels sont engagés les États-Unis (en Afghanistan, Pakistan, Somalie et Yemen notamment). Dans ce nouveau mode opératoire, les machines ne se contentent plus d’exécuter les mises à mort, elles les décident. Cette robotisation de la hiérarchie militaire pose des questions juridiques, encore sans réponse, et lourdes d’implications éthiques. Si des algorithmes ont à la fois la capacité d’établir qui doit être tué et d’exécuter cette décision via des robots, qui peut être tenu responsable du meurtre ? Lire la suite…

Mexico, 2 oct. 1968 :
Récits d’un massacre d’État

La nuit de Tlatelolco d’Elena Poniatowska

Par Annabela Tournon

Le 26 septembre 2014, le massacre d’étudiants à Ayotzinapa a cruellement remis en lumière des logiques ancrées dans le pouvoir d’État et sa circulation dans la société mexicaine. Le CMDE (Collectif des métiers de l’édition de Toulouse) publie et traduit, pour la première fois en français, le livre culte de l’écrivaine et journaliste mexicaine Elena Poniatowska : La Nuit de Tlatelolco. Lire la suite…

« On ne peut plus se passer de printemps, parce qu’on n’a plus d’espérance »

Plantes, science moderne et pensée magique. Entretien avec l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi

Propos recueillis par Nicolas Marquet

Pierre Lieutaghi est un ethnobotaniste de renommée internationale, né en 1939, auteur de nombreux ouvrages de référence et créateur d’un jardin ethnobotanique à Mane, dans les Alpes-de-Haute-Provence. À l’occasion de la parution de son premier roman, Elio, et de la sortie du numéro « Marabout » de la revue Jef Klak, il interroge dans ce long entretien les relations complexes des sociétés avec les plantes et leurs représentations magiques, notamment dans leurs usages médicinaux. Lire la suite

L’autre côté de la terre

Transhumance contre le puçage électronique des brebis :
photoreportage au Testet

Par Clémence Durand

Trois jours avant la mort de Rémi Fraisse, le 23 octobre à l’aube, quelque part dans le Tarn, un troupeau de brebis quitte sa bergerie pour une transhumance hors norme jusqu’à la ZAD du Testet. Récit d’une solidarité animale et animée pour la lutte du Testet, en images et en murmures. Lire, voir, entendre la suite

« Le digital labor est conçu pour ne pas avoir l’apparence d’un travail »

L’exploitation du moindre clic par l’industrie numérique.
Entretien avec Antonio Casilli

Propos recueillis par  Xavier Bonnefond et Judith Chouraqui

Surfer, naviguer, explorer – le temps passé par chacun d’entre nous sur Internet semble surtout relever de la découverte, du loisir et du fun. Pourtant, l’apparente générosité des entreprises du web, pourvoyeuses de contenus et d’outils dédiés à la convivialité, s’accompagne de bénéfices records et d’un marketing agressif. Ces nouvelles industries ont en effet réussi à valoriser le moindre de nos gestes sur la toile, et c’est le travail volontaire des internautes eux-mêmes qui concourt à l’optimisation continue de ces services… le tout sans rémunération.
Comment est-on parvenu à faire travailler les gens, à exploiter leur temps de travail et leur ingéniosité, sans débourser le moindre salaire ? Comment lutter contre ce nouveau type d’exploitation ? En nommant le digital labor, un nouveau champ critique apparaît, dont Antonio Casilli, maître de conférences à l’Institut Mines Telecom, est l’un des représentants. Lire la suite

La fin du monde, encore

Film et retour sur le non-événement de Bugarach en 2012

Par Alexis Berg

Le 21 décembre 2012, souvenez-vous, l’humanité devait périr, zigouillée par le feu, une vague géante, un truc extra-terrestre. Il y a deux ans donc, il semble admis qu’on a évité le pire. À la fin d’une longue période de terreur simulée, le soulagement s’est montré assez important pour qu’on oublie dès le lendemain cette fumeuse histoire crypto-maya.
Se détourner d’un tel vide aurait pu être assez simple, mais un petit village de l’Aude se tenait au milieu du vide et du récit, au cœur de cette fable. La catastrophe s’étalant partout en ce monde, elle s’est surtout invité dans le seul lieu dont elle avait promis d’être absente. Car une rumeur, hautement médiatisée, avait désigné Bugarach comme l’unique refuge épargné par l’Apocalypse. Ce qui n’est pas vrai est faux : la fin du monde du 21 décembre 2012 n’a pas eu lieu qu’à Bugarach, comme en témoigne ce film, Un moment du faux. Lire la suite

Capital zombie

Recension de Zombies et frontières à l’ère néolibérale – Le cas de l’Afrique du Sud post-Apartheid, Jean et John Comaroff.

Par Samuel Pelras

Marx l’analysait déjà en son temps : le capitalisme carbure à la magie. Sous couvert de rationaliser nos existences, il produit une richesse illusoire en mobilisant des ressorts occultes. « Robinsonnades », « fétichisme de la marchandise », « travail abstrait », etc. autant de concepts symptômes d’une anthropologie et d’une économie traversées par des ressorts imaginaires, déréalisant notre rapport aux autres, à nos besoins et à notre milieu. Lire la suite

Gouverner par la mort

Récit détaillé de la tuerie d’Iguala au Mexique.

Par John Gibler.
Traduction par Marion Gary et Liuvan,
revue par Paulin Dardel et Alexandre Sanchez

+ 2 annexes :
1/ La guerre de la drogue
2/ Chronologie exhaustive d’Ayotzinapa

Le 26 septembre dernier, six personnes, dont au moins deux étudiants de l’école normale rurale (la normal) d’Ayotzinapa, ont été tuées par des membres de la police de l’État du Guerrero dans la ville d’Iguala. Les policiers, de mèche avec les narcotrafiquants locaux, ont tiré sur plusieurs véhicules qui, pour la plupart, se rendaient dans la capitale du Guerrero pour commémorer le massacre de centaines d’étudiants par l’armée en 1968. Après la sanglante fusillade, une répression très violente et une traque policière dans la ville d’Iguala ont provoqué la disparition de 43 étudiants, toujours portés disparus deux mois plus tard. Ils auraient probablement été sauvagement assassinés par le crime organisé qui a d’ores et déjà revendiqué la mort de 17 d’entre eux.
John Gibler, journaliste indépendant, s’est rendu dans l’État du Guerrero, quelques jours après le massacre, et a interviewé les étudiants survivants d’Ayotzinapa. Le texte qui suit est la traduction en français d’une conférence qu’il a donnée en octobre 2014 au café zapatiste de Mexico. Lire la suite…

Tuer pour la croissance

Tribune pour une organisation entre les ZAD et contre les violences policières

par le groupe MARCUSE

Le groupe MARCUSE (Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie) est un collectif d’auteurs critiques apparu au début des années 2000. En 2004, ils publiaient De la misère en milieu publicitaire, toujours disponible aux éditions de La Découverte, et en 2012 La liberté dans le coma aux éditions de La Lenteur. À Sivens, ils ont pu suivre et prendre part à la contestation envers le conseil général et le projet de barrage inutile qui a causé la mort de Rémi Fraisse. Dans un contexte de manifestations contre les crimes policiers qui réunissent lycéen-ne-s, écologistes et habitant-e-s de cités, voici leur analyse, mise en affiche et en tract. Lire la suite…

Faire barrage

Provocations policières et confusionnisme médiatique : le cas du Testet

Par Christophe Goby

Que dire après la mort de Rémi Fraisse ? Quiconque se battant aujourd’hui contre l’arbitraire et la violence d’État pourrait être une victime. Que l’on parle des crimes policiers dans les cités, où le permis de tuer est devenu chose banale pour une police débridée, ou des luttes sociales qui voient la terreur contre-insurrectionnelle museler la liberté d’expression en acte : les armes (« létales » ou non) sont là pour éborgner et tuer toute résistance et tout sursaut de dignité. Voici donc quelques éléments de reportage et d’analyse sur ces jours noirs d’octobre 2014. Lire la suite

« Ramener de la vie sur la ZAD du Testet »

Entretien fleuve avec des opposant⋅e⋅s
au barrage de Sivens

Propos recueillis par Clémence Durand
et Ferdinand Cazalis

Non loin de Toulouse et d’Albi, dans le Tarn, tout est réuni pour un nouveau scandale écologique et politique. Une société d’économie mixte (CACG) juge et partie pour la construction d’un barrage destiné à l’agriculture industrielle, des violences policières inacceptables, des milices venues « casser du jeune », des enjeux au plus haut sommet de l’État où l’on voit le Parti radical de gauche (PRG) et son président Jean-Michel Baylet s’entendre avec le PS pour l’exploitation de quelques hectares de forêt… Là où coulait un tranquille ruisseau, une lutte voit le jour contre le saccage des terres et pour une organisation sociale sensible à la notion de « bien commun ». Avant le rassemblement national du 25 octobre dans le Tarn, Jef Klak a rencontré deux opposant⋅e⋅s au projet de barrage pour comprendre les raisons et les enjeux de cette nouvelle ZAD (Zone à défendre). Lire la suite…

On va où ça nous plaît
+ Engagement total

Transmission dans les luttes de territoire –
De la centrale du Pellerin à Notre-Dame-des-Landes

Par Pol Chailloux et Benjamin Bonnefond

Il n’a pas toujours gagné, mais Paul Blineau n’arrive pas à raccrocher. Un jour chez ses enfants pour la découpe des poulets, un autre au jardin autogéré, et le reste du temps à Notre-Dame-des-Landes – sa lutte du moment, ou plutôt celle qui a traversé toute sa vie. Plus de cinquante ans de combat, et une situation quasi à l’identique. Raison suffisante pour Paul de continuer à se battre. Sur la ZAD, il est médiateur, agitateur, semeur, orateur. Sa façon à lui de transmettre ses valeurs. Il vit pour toutes ces luttes et le fera jusqu’à la fin. Il va où ça lui plaît et personne ne l’en empêchera, certainement pas les politiques ou les multinationales. Rencontre avec Paul et ses proches pour parler de ce que veut dire lutter, mais aussi transmettre hors des champs de bataille – quand on rentre chez soi et qu’on retrouve les siens. Voir et écouter la suite

Islamophobie : du déni à la reconnaissance

La plasticité de l’idéologie dominante

Par Abdellali Hajjat & Marwan Mohammed

À l’heure où agiter les épouvantails de groupuscules extrémistes permet d’oublier les causes des conflits mondiaux et de conforter le rôle protecteur de l’État, tout en ratissant des voix fondées sur la peur et le racisme, l’analyse de l’habitus islamophobe des gouvernants et des médias semble un réflexe salutaire. Dans ce texte écrit en juillet 2014, et dans le prolongement de leur ouvrage Islamophobie – Comment les élites fabriquent le « problème musulman » et de l’entretien qu’ils ont accordé à Jef Klak, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed font le bilan de la reconnaissance d’un racisme institutionnel fondé sur les options religieuses et les origines convenues. Alors que les agressions contre des musulmans se sont multipliées ces derniers mois et que les pratiquants de l’islam sont enjoints de lever publiquement le soupçon structurel qui pèse sur eux, les deux sociologues se penchent ici sur les tribulations du concept d’islamophobie pour mieux en saisir les enjeux. Lire la suite

Disque Marabout

Reportages, fictions, musique à télécharger gratuitement

Sur cette page, vous pouvez écouter gratuitement le disque de création sonore rempli de morceaux originaux composés spécialement pour le numéro 1 de Jef Klak : Marabout. Avec des reportages, des fictions et de la musique, ce disque continue et enrichit le thème de la magie, entre croire et pouvoir, qui est au cœur de la revue papier. Et, en exclusivité sur le site de Jef Klak, un bonus track en audio et en vidéo : une reprise spécialement conçue pour Marabout de la chanson Magic, de Bruce Springsteen, par le groupe Sirius Plan. Voir et écouter la suite

Réflexions sur la perméabilité des toits

Tristes couvertures et divines ouvertures en architecture

Par Guy-René Doumayrou

Il existe en architecture une symbolique de l’habitat, et les relations que nous entretenons avec le ciel et la terre se reflètent sur nos murs. Décédé en 2011, Guy-René Doumayrou était un architecte proche des mouvements surréaliste et libertaire. Ce texte, publié en 1977 dans la revue Surréalisme, dirigée par Vincent Bounoure, retrace l’histoire sociale et spirituelle de la construction des toits et des puits à travers le monde. Où l’on apprend que résumer l’abri à une protection vis-à-vis de l’extérieur est aussi moderne que lacunaire… Lire la suite

« On voyait la justice plus grande »

Entretien avec Ramata Dieng, sœur de Lamine Dieng, mort dans un fourgon de police

Propos recueillis par le collectif Angles Morts

Aux États-Unis, des mouvements populaires protestent contre les crimes policiers racistes qu’a connus la communauté noire en cet été 2014 (Michael Brown, à Ferguson – Missouri, Eric Garner à Staten Island (NY), John Crawford dans l’Ohio, Ezell Ford à Los Angeles…). Des formes d’assassinats que l’on aurait pu penser reléguées à l’histoire. En France aussi, le permis de tuer existe toujours pour les agents de la paix, et l’uniforme ouvre droit à l’impunité. Permis de tuer, c’est le titre qu’a donné Le Collectif Angles Morts au recueil de témoignages qu’il publie ce 11 septembre 2014 aux éditions Syllepse, et qui donne la parole aux proches des victimes de la police. Extraits. Lire la suite

« Celui qui garde la porte »

Par Joëlle Kehrli & Aude Rabillon

Adeline, mage-icienne de l’invisible, a fait de l’« écriture de l’impossible » le fil (rouge) de ses journées : vivre la vie dont on rêve et non rêver la vie dont on veut, user de la magie pour s’émanciper de notre condition, notre corps, notre « sort ». Lire la suite

L’esprit du monde

Magie et dissidence chez les peuples du Mexique

Par Georges Lapierre

Refusant la fatalité de la colonisation, les peuples amérindiens prennent les armes et se révoltent contre le système capitaliste depuis des siècles. Loin de se résumer au folklore des ethnologues, la pensée magique constitue un espace de résistance puissant dans cette lutte permanente. Il s’y joue une vision du monde bien éloignée de celle, prédatrice et mercantile, qui gouverne le regard occidental. Lire la suite

« La “nouvelle laïcité” est une technique disciplinaire »

L’islamophobie officielle, sociologie d’une peur d’État. Entretien avec Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed

Propos recueillis par Aude Rabillon
et Raphaël Kempf

Des premières « affaires » médiatisées de lycéennes portant le hijab en 1989 à la loi de 2004 interdisant le voile à l’école – alors pudiquement qualifié de signe religieux ostensible –, la peur de l’islam a gagné l’État et les médias. Au cours de ces vingt dernières années, la France a lentement mais sûrement imposé un régime d’exception à toute une partie de sa population. Entretien avec Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, auteurs d’Islamophobie – Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman ». Lire la suite

Le sel de la terre

Photo-reportage sur les camps de protestation palestiniens dans la vallée du Jourdain

Par ActiveStills

Pendant que les opérations militaires se déchainent sur Gaza, le collectif Activestills, composé de photographes israéliens, palestiniens et internationaux, rappelle par l’image la lutte au long cours que mènent les activistes palestiniens pour leur liberté et leur terre. Un quotidien fait d’occupations, de camps montés ad hoc pour protester contre la colonisation israélienne et répéter qu’on ne peut faire taire par les armes. Lire la suite